De nouveaux lieux pour la folie

Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie.

Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même. La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.

Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.
Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale. Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ? Lire la suite

« Journée Mondiale des Réfugiés »

Billet traduit de la page LoComún, merci à elles! Gracias!

« Ce lundi c’était la Journée Mondiale des Réfugiés. Pour l’occasion, quelques médias et des collectifs de professionnels, se sont fait l’écho des « problèmes de santé mentale » dont souffre ce groupe de personnes, obligées d’abandonner leurs foyers, leur famille et amis et confrontées au déracinement et à l’insécurité.

Et dans une tentative de définition du « problème », ou de cerner ces individus « autres », ils nous ont fourni des données épidémiologiques, des probabilités, des statistiques et des diagnostics, et nous avons pu lire des phrases du type: « les réfugiés ont plus de problèmes d’anxiété et de dépression », « les réfugiés ont trois fois plus de risque de souffrir de schizophrénie et de troubles psychotiques », « le trouble de stress post-traumatique est plus fréquent parmi les réfugié », « des thérapies psychologiques à l’attention des traumas multiples chez les réfugiés », « les enfants réfugiés ont des problèmes de comportement et d’adaptation ». Comme si le « problème » était parmi les autres et que ce n’était pas le problème de tous.

Nous ne doutons pas des bonnes intentions qu’il peut y avoir derrière ces affirmations, mais nous défendons que la santé mentale n’est pas, quand bien même on veuille nous le vendre, quelque chose d’individuel, mais bien quelque chose d’ordre relationnel, dans le collectif, dans le commun. C’est pour cela que nous croyons qu’en diagnostiquant les réfugiés, on n’accepte les préceptes de la « maladie mentale » et qu’on ne tombe -à nouveau- dans le piège de penser la santé mentale comme quelque chose d’individuel. Lire la suite

« Rien sur nous sans nous », mais qui sommes-nous?

il_214x170-474039664_jh31Qui sont-ils pour parler à notre place ? Mais qui sommes-nous pour demander la parole ?

Qui sont ces « ils », qui sont ces « nous » ? Les « ils » parlent des gens à la troisième personne, ce sont des experts, des personnes ayant des responsabilités. Le « nous » désigne, par opposition, les 99%, dans l’imaginaire collectif, c’est le peuple .

Il y a une nuance entre « eux les gens » ou « nous les gens », c’est qu’en parlant d’un groupe à la troisième personne, on s’extrait du groupe en question, on se met à distance souvent en surplomb pour que prime la raison. « Ils ont besoin de ci ou de ça », telle est la position de l’expert.

Parler de « nous » plutôt que de soi ou de sa singularité c’est se reconnaître comme appartenant à un groupe. Je pense donc je suis mais je fais aussi partie. A l’heure de la participation citoyenne, de la concertation, de la co-construction, on voudrait que chacun puisse participer à la vie de la cité.

Dès lors, si on admet que chacun aspire à être avec d’autres et à vivre en société, à rendre celle-ci meilleure, on peut se demander si pour que le vivre ensemble soit effectif, on ne devrait pas s’interroger sur ce « nous ». Lire la suite

« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

Un grand merci à Léa pour cette contribution au débat sur le lien entre folie, maladie mentale et terrorisme.

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.
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« Comment les patients transforment la psychiatrie? », Patrick Le Cardinal

Merci à Patrick Le Cardinal pour cet apport.
On peut quand même s’interroger si la place du patient rétabli est vraiment dans les services de psychiatrie? Ne peut-on pas se sortir du rôle de l’usager de service qui témoigne de sa propre expérience? A suivre…

le cardinal

Patrick Le Cardinal 

« Bonjour, je travaille actuellement en tant que psychiatre au C.H.S. de la Savoie à Chambéry sur le secteur d’Aix-les-Bains. Je suis également coordonnateur de l’équipe – ESPLOR – Equipe de Soutien pour le Logement Orientée vers le Rétablissement.
J’ai auparavant travaillé au Centre Collaborateur de l’OMS à Lille, dirigé par le Docteur Jean-Luc Roelandt, en tant que chargé de mission sur la mise en place et l’évaluation du programme Médiateur de Santé-Pairs. (14) (20)
Si j’interviens ici en tant que professionnel, j’ai également une expérience personnelle de rétablissement d’un trouble de santé mentale.

Je remercie Pascal Mariotti, pour l’organisation et pour le choix audacieux du thème de cette journée en forme d’interrogation somme toute assez contemporaine : «Comment les patients transforment la psychiatrie ?»
Pour ma part, je dirais qu’avant de transformer la psychiatrie, les personnes vivant un parcours de rétablissement transforment d’abord et surtout les personnes qu’ils rencontrent… Lire la suite

Samedi 11 juin, la folie prend les rues de Paris [Mad Pride 2016]

Voilà que la folie se rebelle!

Enfin (!) dirons-nous, elle ose sortir de nos petites têtes et s’affirmer au grand jour pour ce qu’elle est : un enjeu de société et pas l’affaire d’un ou deux illuminés, ni le fond de commerce des laboratoires pharmaceutiques.

La folie en a assez d’être assimilée au fou furieux, à la faiblesse d’esprit, à la perte de raison, à l’inaptitude, à la déficience mentale.
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La folie nous guette, non pas comme une descente aux enfers si on s’avisait de craquer; la folie nous guette parce que nous ne sommes pas raisonnables par nature, nous avons tous des rêves fous, nous sommes tous avides de liberté.

La liberté du patient en psychiatrie, elle, est souvent bafouée, par des traitements traumatisants à l’hôpital et la mise sous médicaments à vie.
La liberté, ici, c’est d’abord celle de pouvoir se sortir du médical et retrouver le chemin de la vie en société.

La folie a la vie dure: a-social, anti-psychiatrie, anti-psychotique, anti-dépresseur, on traite la folie à coup de antis.

La folie, qu’on est tous en droit de revendiquer, c’est le droit de se lâcher, de danser, de chanter, d’exister socialement et pas juste le droit à la souffrance ou à l’oubli.

La Mad Pride, c’est la folie en marche.

La Mad Pride, c’est ceux qui ne s’arrêtent pas à l’étiquetage entre sains d’esprits et personnes diagnostiquées. Lire la suite

Suis-je un parasite? — Insomnies solitaires d’un schizophrène

Quelle place peut-on sérieusement accorder à un type qui n’a que le BEPC, jamais travaillé de sa vie, qui a un trou de sept ans dans le CV et qui est schizophrène, sensible au stress au point de perdre le sommeil pour une proposition de visite aux bords de Loire ?

Oui, vous ça vous paraît peut-être ridicule comme question. Probablement que vous êtes les premiers à vous dire que laisser une personne pareille travailler, c’est courir à la catastrophe pour sa santé, sans compter que c’est manquer de solidarité. […]

via Le parasite néolibéral au cœur de mon âme n’est plus… — Insomnies solitaires d’un schizophrène
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Je ne suis pas une handicapée psychique — blogschizo

Une des expressions politiquement correcte, soutenue notamment par les associations de familles, pour parler des personnes avec une maladie mentale, est celle d’handicap psychique. Je n’aime pas cette expression. J’AI une maladie mentale, mais je ne SUIS pas une handicapée psychique. Certes, la maladie peut-être handicapante. Mais une maladie est est en perpétuelle évolution et […]

via Je ne suis pas une handicapée psychique — blogschizo

boulangerie

La campagne grand public « Et Alors » lancée par Les Couleurs de l’Accompagnement

GHT, les trois lettres de la discorde

Puisque le patient doit pouvoir se soigner mais participe aussi à soigner l’institution, et puisque l’espace du soin en santé mentale est un lieu qui nous concerne tous en tant que citoyens, usagers ou psychiatres, nous partageons ici une contribution de Virginie sur le sujet des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), intitulée :

Le discours des opposants aux GHT, GHB de l’esprit critique ?

La psychiatrie a besoin de regards extérieurs pour se civiliser. Tout ne peut pas être réglé en interne par nos « bons soignants » (qu’ils soient engagés ou pas dans une démarche de psychothérapie institutionnelle). Lire la suite

Le diagnostic psychiatrique : condamnation ou délivrance?

Poser un diagnostic scientifique à partir de l’observation de symptômes est souvent la première étape du soin. La psychiatrie s’évertue à classifier les différentes maladies de l’esprit pour pouvoir les soigner. Cette science offre une réponse rationnelle à ces états de conscience altérés qui peuvent paraître irrationnels. Elle donne ainsi une clé de compréhension à celui qui est diagnostiqué et qui n’a pas compris ce qui lui arrivait. Comprendre est un besoin vital aussi bien pour notre intelligence que pour pouvoir se relever.

« Comprendre le monde pour un homme, c’est le réduire à l’humain, le marquer de son sceau.[…]
Pour un homme sans œillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse. »
Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe.

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Dès lors, la question qui se pose est celle qui suit la crise et qui se manifeste par un temps d’épreuve dans lequel la personne doit retrouver le chemin de la vie et ne pas sombrer dans la maladie. Lire la suite