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16 février 2019

Pédophile ou psychopathe : quelle est la frontière avec la maladie mentale?

A l’heure où l’on préfère le terme de santé mentale à celui de folie car plus inclusif, puisqu’on a tous une santé mentale, on aperçoit le danger qu’il y a à tout diluer dans cet océan positiviste de la santé mentale : parler en même temps du bien-être, des troubles du sommeil, des addictions, du burnout, des dépressions, des troubles anxieux, ça permet de ne pas se focaliser sur les troubles psychotiques (schizophrénies, troubles bipolaires), plus difficiles à appréhender et à soigner, car réputés incurables.

Contrairement au psychotique et à ce qu’on pourrait croire, le pédophile, le psychopathe et autres pervers narcissiques ne sont pas des malades mentaux. Ils ont un trouble de la personnalité que l’on distingue de la maladie mentale à proprement dite qui, elle, relève de la psychiatrie.

L’acte criminel du pédophile ou du psychopathe dangereux, si pulsionnel ou monstrueux soit-il, est un acte contrôlé voire prémédité qui justifie l’incarcération. On dit qu’ils ne sont pas malades, en référence à la psychiatrie, même si les psychothérapies leur sont indiquées.

On en déduit que les malades sont ceux qui relèvent de la psychiatrie et donc du champs de la (mauvaise) santé. Les actes criminels des psychiatrisés sont donc jugés comme imprévisibles et le plus souvent commis dans des états de conscience altérée, ce qui remet en cause la responsabilité de leur acte et donc leur incarcération. Ceci participe au mythe du fou dangereux qu’il faudrait enfermer avant qu’il ne s’en prenne à la société.

Mais vous serez surpris d’apprendre que le malade mental relevant de la psychiatrie n’est pas un fou dangereux en puissance. S’il prend un traitement, ce n’est pas pour ne pas être violent. C’est pour contenir l’angoisse, les idées délirantes et autres fausses croyances.

Vous rétorquerez peut-être que le bon patient qui prend ses traitements n’est pas en cause mais plutôt celui qui n’est pas traité ni stabilisé. Le malade qui ne prend pas de traitement serait donc potentiellement dangereux d’où l’idée qu’on ne peut pas arrêter les médicaments ou qu’on ne peut pas soigner quelqu’un sans un bon traitement neuroleptique.

Voilà le malade pris au piège, emmuré en lui-même en cas de sur-médication et vivant sous la menace d’une rechute ou de soins sous contrainte (par le psychiatre ou le préfet de police) au cas où il défierait la l’idée qu’on ne peut pas vivre sans médicaments.

Et donc, si le pédophile ou le psychopathe peuvent être réhabilités après une peine de prison, rien n’est moins sûr pour un patient en psychiatrie qui sera toujours associé à un danger que des faits divers sporadiques viendront confirmer.

La maladie mentale est déjà une prison et ce n’est pas que dans la tête du malade.

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