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28 décembre 2020

Suis-je le gardien de mon frère ?

suis je le gardien de mon frere
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Mon frère c’est ma chair, plus cher à mon cœur que la plus belle des femmes que j’ai pu connaître. Mon frère n’en a rien à faire de ce blog, de mon divan à ciel ouvert.

Le ciel ouvert, mon frère l’a troqué depuis longtemps pour une cage mentale ou, plutôt dit, l’appartement familial. Ne me parlez pas de schizophrénie ou de son repli et de son absence de vie sociale depuis aussi longtemps que je suis tombé malade.

Je l’ai rendu malade, en partie, mon absence aussi, car le frère que j’étais n’était plus le modèle à suivre à partir du jour où j’ai commencé mes séjours en psychiatrie, à être médicamenté de force, à rester dans mon lit pendant des mois en coupant le contact avec le monde extérieur.

Mon frère n’est pas moi, je ne l’ai compris que récemment, et pourtant il suit mes pas dans le dévers de la maladie mentale. Je ne suis pas responsable de son trouble même si je peux me sentir coupable et je sais que je suis trop envahissant.

Mon frère ne sort que rarement de sa chambre ou de sa cage mentale envahie de voix ou de personnages que personne ne comprend même si je fais de mon mieux pour essayer de les écouter.

Il n’en sort que quand mes parents font intervenir les « forces » de l’ordre et du soin, quand ils sont dépassés et que les flics débarquent à la maison pour qu’il aille se faire soigner. Ça dure 10 à 15 jours, il revient dans notre réalité, il redevient sociable avant d’arrêter les traitements médicamenteux, ce qui le ramène à un état second où il ne communique plus avec nous mais avec son monde intérieur.

J’ai confiance qu’un jour le Centre Médico-Psychologique fera mieux que les visites à domicile qui ne servent à rien quand on ne veut pas se faire « soigner ». Car je ne suis pas son soignant, bien que j’ai de la répartie, que j’arrive à écouter son blabla incessant et à en comprendre le sens. Mais seul, je n’y arriverai pas, bien que je sente qu’il progresse quotidiennement mais très longuement vers un mieux-être.

Alors avant que je ne parte vivre ma vie, en quittant le domicile parental, je tenais à lui rendre hommage car l’abandonner, même partiellement, m’est terriblement cruel.

Lorsque je m’enrage contre mes parents ou que les flics débarquent en nombre à la maison avec les pompiers pour m’emmener, moi, aux urgences puis à l’hôpital psychiatrique, devinez qui sort de sa léthargie pour venir me secourir, qui prend soin de moi au point de défier les policiers ?

Car oui, mon frère est mon gardien, mon héros, celui qui se fait interner car il est jugé récalcitrant alors que c’est moi qui fout le bordel. Le psychiatriser n’arrangera pas les choses même si de faibles doses de médicaments le sortiraient rapidement de son état semi-conscient.

Car oui, il sait très bien parler aux autres, se défendre avec les mots, lorsqu’il se fait embarquer ou qu’il se sent en danger. Mon frère n’a pas pu faire le deuil de mes grands-parents disparus, il n’a pas eu l’occasion de verbaliser ce qu’il ressent avec des thérapeutes même s’il a eu une période où il a essayé de se comprendre par lui-même en dessinant, en inventant des alphabets et des jeux pour mieux appréhender le monde.

Je vous parle de mon frère, car j’en ai marre de parler de moi, de justifier ma souffrance ou mes actes par le seul prisme de mon parcours personnel et singulier. Mon frère est ma souffrance cachée, ma maladie à moi, j’essaie de veiller sur lui mais au lieu de cela je l’empêche de dormir.

Mon frère, je te dédie ce texte, que tu ne liras peut-être jamais et tant mieux car t’exposer de la sorte ne sert à rien qu’à me réconforter et à faire comprendre aux autres quelque chose qu’ils ne peuvent pas deviner d’eux-mêmes. Et pour la rime, vous l’aurez deviné, mon frère je l’aime.

28 décembre 2020

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