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28 décembre 2017

Tous les cris les SOS [Claire]

Tous ces cris et SOS, ça serait bien qu’ils ne partent pas dans les airs non ?

Allô ? Oui bonjour, le système de santé en France est malade.

Les murs ont des oreilles, mais surtout les oreilles ont des murs…
Des murs qui devraient être détruits, qu’on vire ces parpaings au marteau piqueur.

Ce n’est pas une généralité, c’est une expérience personnelle passée…
Mais… Quand on hurle à l’intérieur de soi, quand on se retrouve à hurler à voix haute…
On a besoin que les oreilles soient grandes ouvertes.
On a besoin que les signes de détresse soient entendus…

Quand je demande à avoir des rendez-vous psy plus rapprochés et qu’on me répond : « on se revoit dans un mois »… Les oreilles ont des murs blindés.
Parce que non, quand je demandais de l’aide, quand je tirais la sonnette d’alarme,
Quand j’avais besoin d’être protégée de moi-même…
J’avais besoin d’oreilles grandes ouvertes, pas d’un mur entre le médecin et moi.

C’est violent un mur.
A travers un mur on ne se voit pas, on se s’entend pas, on ne se comprend pas.
Et surtout, quand on crie et qu’on lance des SOS, on n’est pas toujours en capacité d’escalader ce satané mur.

Je me suis retrouvée à chercher des non-murs dans tous les sens avec l’énergie de la colère.
L’énergie et l’espoir qui me restait.
Vous imaginez monter toutes les montagnes du monde afin de trouver un non mur ?
Pour trouver des oreilles sans parpaings ?
C’est en partie ça la lutte pour survivre et se rétablir…

Elles existent ces oreilles grandes ouvertes. Elles existent. Mais c’est comme un parcours du combattant pour les dénicher.
J’ai la chance d’avoir trouvé des grandes oreilles sans mur. C’est rare et précieux.

Je suis d’accord avec le terme de « survivants de la psychiatrie »… Il faut survivre au non espoir de rétablissement qu’on nous envoie à la gueule. Survivre face aux murs. Survivre quand on a commencé à franchir le mur et qu’il faut sauter de l’autre côté. Ma vie a failli s’arrêter à cause d’oreilles murées.

Essayer essayer essayer tout le temps… en prenant le risque de se fracturer trois jambes et deux nez.
Et…

Quand j’ai enfin trouvé un service d’urgence aux grandes oreilles… j’ai senti qu’après quelques visites dans leur regard, il y avait un sentiment profond d’impuissance.
Oui j’allais aux urgences quand j’allais MAL. Donc non, ils ne me voyaient pas dans la vie de tous les jours quand j’allais bien, que j’allais en formation d’éducatrice spécialisée, quand je dessinais, faisais du bénévolat, sortais avec des amis, chantais, dansais, écrivais.
Je comprends qu’en me voyant « en mauvais état » à chacune de mes venues, dans la tête des équipes je ne progressais pas, je n’allais pas mieux, qu’ils tournaient en rond, que l’utilité de revenir n’était absolument pas pertinente, que j’étais incurable. Alors on me balance que, soit je vais bien et je reste chez moi, soit on m’envoie en hospitalisation sur mon secteur de psychiatrie…

J’ai une difficulté à être modérée. J’ai une difficulté à ne pas avoir un résonnement dichotomique, à ne pas voir tout en noir et blanc. Les 50 nuances de gris… c’est pas encore ça. Alors quand je proposais une solution grise : passer une soirée ou une nuit aux urgences le temps que la crise passe, et qu’on me répondait une solution blanche ou noire… J’étais désespérée… Parce qu’à mon sens il y a besoin de lieux gris, d’entre deux…

La direction de l’hôpital Ville Evrard, qui montrait son CAC (centre d’accueil de crise) d’Aubervilliers comme un modèle, un lieu exemplaire, vient de supprimer la possibilité d’accueil de patients le soir et la nuit… HOP, au changement d’internes le 2 novembre 2017, la direction décide de ne plus payer un médecin de nuit… Donc à Aubervilliers, si vous allez mal, vous avez intérêt à ce que ce soit entre 10h et 17h, sinon tant pis. Parce que les CAC ne sont pas obligatoires, ils coutent de l’argent, et que l’idée que la direction a en tête est de fermer le CAC à terme. (et que le psychiatre de garde le plus proche n’est franchement pas proche). Mais merde ! Ce CAC c’est du gris. Ce CAC évite nombre d’hospitalisations. Ce CAC, rien qu’en existant, permet aux patients de la ville d’être rassurés quant au fait qu’ils vont être bien accueillis si jamais le besoin est là. Sérieusement… Ouvrir le CAC aux horaires du CMP est absurde. Les infirmiers sont dépités, ils n’ont même pas le droit d’ouvrir les portes pour un entretien infirmier après 18h, parce qu’il n’y a pas de médecin… Bref, il va falloir faire une belle pétition ou autre… Crier, lancer des SOS…

Là, les cris et les SOS pour militer pour du gris partent dans les airs pour des histoires budgétaires.
La sécurité sociale est faite pour être un trou, un an après sa création on parlait déjà de trou de la sécu, c’est la force de la France mais…
Forcément, la psychiatrie n’est pas une priorité… et puis les malades, est ce qu’on peut vraiment les croire ? Pourquoi on écouterait leur parole ? De quel droit ils demandent de virer les murs des oreilles des médecins et des administrations ?

Je passe mon temps à aller à des formations et à des colloques sur les thématiques de la santé mentale et sur la place des usagers dans les systèmes de soin. Ya des paroles, des jolies paroles qui font plaisir à entendre et qui rassurent. Désolée, là tout de suite je ne suis pas optimiste dans ce que j’essaye d’écrire maladroitement. Penser, réfléchir, se questionner, échanger… oui. Quand est-ce qu’on agit ? Au boulot les gars !

On n’entend pas la souffrance ? On n’entend pas les cris et SOS, même timides et non verbaux ? Aude CARIA a dit aujourd’hui, « le pouvoir il ne se donne pas, il se prend ». Alors il faut se révolter, s’unir, agir…

TOUT le monde a droit à des soins de qualité, TOUT le monde a le droit d’être entendu avec de grandes oreilles, les murs doivent tomber entre les « professionnels » de santé mentale et les « usagers » (qui sont aussi souvent des professionnels hein…)

Alors quoi ? On n’a pas de pioche ? C’est compliqué d’aller louer un marteau piqueur ? Ça fait du bruit ? Ça dérange ? Oups, si les usagers prennent le pouvoir ça veut dire qu’ils existent et sont des humains ?! Ça veut dire que les « professionnels » de santé vont devoir adapter leur positionnement de toute puissance ? Waouh, c’est effrayant hein ! Des fous à qui on donne de la valeur à leur parole !

S’il vous plaît, « professionnels » des secteurs sanitaire et social, gardez ou trouvez avec envie les murs loin de vos oreilles… L’expression des cris et des SOS peut être subtile.

 

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Claire ANTOINE

Artiste plasticienne, éducatrice spécialisée,

médiatrice de santé paire.

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