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14 septembre 2020

Véro Cratzborn et Gringe – Guillaume Tranchant de son vrai nom – nous livrent leur intimité aux cotés d’un proche qui souffre de schizophrénie [Bénédicte]

Véro Cratzborn filme une histoire de famille, ni tout à fait la sienne ni complètement une autre alors que Gringe nous embarque dans un récit intense écrit à quatre mains qui convoque les voix de son frère Thibaut.

Dans le film de Véro « La forêt de mon père », Gina est une adolescente qui cherche désespérément à ramener son père à la maison tandis que dans son livre « Ensemble on aboie en silence » Gringe essaie de ramener son frère à la raison. Tous les deux ont en commun de ne jamais rien lâcher.

Comme me le disait mon entourage se demandait comment je pouvais tenir impuissante devant la métamorphose de mon fils devenu pour moi et pour eux  une autre personne difficile à comprendre.

À travers leurs récits, je me remémore des moments, drôles, éprouvants, souvent tristes.

C’est vrai que la maladie a restreint les activités essentielles de ma vie, le sommeil, l’alimentation et le travail. Elle a bouleversé la souplesse des liens sans laisser de place à la spontanéité.

L’étrangeté de mon fils à entrainé une perte de repère autour de lui aussi pour chacun des membres d’une famille.

Il était tellement happé par ce qu’il vivait et ressentait qu’il a centré tout l’intérêt dans mon quotidien, dans une famille les autres peuvent se sentir oubliés.

Face à cela, les enfants sont perdus, la culpabilité s’installe et les interrogations se bousculent : « Pourquoi lui et pas moi ? », « Est ce que je suis comme lui ? » « Ai-je le droit d’être heureux alors que lui souffre ? ».

Autant de questions laissées sans réponses au travers de ces deux récits, comme si finalement les enfants ne comptaient pas.

Sans explication, l’incompréhension peut mener à des situations extrêmes, la haine, la violence, la séparation. Il faut prendre le temps d’accueillir la souffrance des enfants, des frères et sœurs et leur apporter des réponses.

Avec le Collectif Schizophrénies Gringe a rencontré le chercheur Boris Chaumette qui étudie la génétique dans les schizophrénies à l’INSERM et découvert que celle-ci tient une part non négligeable dans ces maladies ; de la culpabilité en moins, certes, mais les questions restent tenaces… « Si on n’avait pas fait ça » ?

Des soutiens, ateliers et conférences, formations existent, poussés par les associations mais ils sont peu nombreux par apport au nombre de proches adultes et enfants touchés, environ 3 millions pour les schizophrénies.

L’OMS, Organisation mondiale de la santé estime aujourd’hui que les troubles psychiques affecteront une personne sur 4 dans le monde. 

« Ensemble on aboie en silence », « la forêt de mon père », ce livre et ce film m’ont ouvert les yeux sur le mal être que traversent les frères et sœurs quand la maladie psychique débarque, mais aussi sur la puissance réparatrice de l’amour fraternel et filial.

Véro Craztborn et Gringe nous prouvent que l’amour est plus fort que la maladie, au delà du tabou il est possible d’éviter que la schizophrénie d’un proche soit synonyme de peur et de rejet. 

« Ensemble, on aboie en silence » de Gringe.  Paru le 9 septembre aux éditions HaperCollins.

« La Forêt de mon père » un film de Véro Cratzbron, en salle actuellement.

Bénédicte Chenu

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