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25 septembre 2022

La crise maniaque : peut-on éviter les urgences et rester chez soi ?

rester chez soi en crise maniaque

Si je pose la question, et que j’écris cet article, la réponse est oui.

3 crises maniaques. 3 fois sans passer par la case urgences psychiatriques.

Je n’ai pas réussi à éviter ces phases maniaques. Elles s’imposent à moi quand je ne me respecte pas et quand je ne m’écoute pas. Et que je ne respecte pas mes limites. Quand ma prévention n’a pas été assez bonne et les signes avant-coureurs n’ont pas été détectés à temps. Ou que j’ai voulu jouer avec le feu. Rappelle-toi qu’il vaut mieux éteindre l’incendie de l’euphorie, plutôt que perdre encore 6 mois, 1 an de ta vie une fois que ton cerveau est brûlé, en cendres, avec dépression à la clé. Ne joue pas avec ta santé, et ta vie. Rends-toi la vie douce, et heureuse. Elle l’est, sans être en exaltation.

Je ne me substitue pas à l’avis du corps médical, contactez votre psychiatre ou médecin, votre entourage, si vous vous sentez « en montée ».

Suis-je CONTRE l’hospitalisation d’urgence ? Non, je ne suis pas contre. Parfois il est trop tard, donc je dirai oui sans doute, mais je demanderai à ce qu’on respecte mon consentement, sauf si je suis en situation de danger pour moi-même, ou plus assez consciente pour faire le bon choix. Mais je sais à qui j’autorise de le faire, et on viendra me chercher à temps. Si je suis mal « traitée » aux urgences et à l’hôpital,  j’irai dénoncer les pratiques dans l’espoir de trouver des solutions. Je saurais dire le bon, également, et remercier le corps soignant.

Ai-je toujours évité les urgences pendant une phase maniaque ? Oui. Mais les circonstances, les lieux, et l’entourage ont fait que j’ai pu. La chance diront certains. Mon comportement docile aussi. J’ai toujours accepté la médication d’urgence, et la médication tout court. Il n’y a que dans ma récente crise maniaque que j’ai pu la calmer à la maison. Et donc à trouver des clés, qui je l’espère, pourront-vous ouvrir des portes. En tout cas, pas celles de l’enfermement. Une fenêtre thérapeutique pour vivre votre montée, et redescendre, en douceur, à la maison.

Pourquoi souhaites-tu éviter les urgences ? Parce qu’aujourd’hui, la réponse en France de la psychiatrie est parfois inadaptée. Elle devrait être ce que j’ai eu la chance d’avoir, la même réponse : humanité.

Entendre certains discours de mes pairs bipolaires et mes cousins schizophrènes me donne froid dans le dos sur comment sont gérées parfois les phases maniaques.

Être capitonné entre 4 murs en isolement total. Parfois attachés à un lit. Parfois hurlant à la mort, sans comprendre ce qui se passe. Aussi une camisole chimique, sans explication. Et surtout : aucun contact humain des soignants au départ, le moment où on en a le plus besoin. Aucune douceur, aucune parole. Il existe des moyens alternatifs à réfléchir ensemble, soignants et personnes avec un trouble psychique.

Pourquoi cet article ? J’écris pour deux raisons : aider mes prochains à pouvoir rester chez eux, et interpeller le monde de la psychiatrie française. De plus, mon « stay at home » repose quasi complètement sur mon entourage et le corps soignant.En aucun cas, seule, je n’aurais réussi.

Est-ce que tu refuses la médication ? Pas du tout, je suis médicamentée depuis 8 ans, depuis mon diagnostic de bipolarité de type 1. J’ai tenté 15 jours d’arrêter mon traitement, non merci.Et surtout, aucune envie de revivre mes années sans médications. Ma bipolarité s’est déclenchée à 17 ans, et j’ai été diagnostiquée à 24 ans. J’en ai 33 aujourd’hui. Et si je dois, en crise, malheureusement m’abrutir de médicaments, je m’abrutis de médicaments. Pour rester chez moi. Et couper l’herbe sous le pied à la phase maniaque.

Allez, dis-nous tout maintenant, on veut savoir ! Comment t’as fait ? Cet n’est que mon expérience personnelle. Elle évolue. Je ne serai jamais à l’abri de faire un détour aux urgences. Prends seulement mes principes comme des conseils tirés de mon vécu. Si toi-même tu te sens défaillir à l’instant, aie-confiance en toi, et lis et relis cet article en « si besoin ».

Plongeons dans ma dernière phase maniaque… et comment je suis restée chez moi, avec certains principes.

QUELQUES PRINCIPES POUR RESTER CHEZ SOI EN CRISE MANIAQUE

Ton sommeil : le plus important, tu surveilleras.

Ton psychiatre/médecin : le plus souvent possible, tu contacteras.

Tes médicaments : rapidement, tu adapteras.

Ton entourage de confiance: le plus rapidement possible, tu préviendras.

Ta pleine conscience : quoi qu’il arrive, tu garderas.

Ta confiance en toi : tu conserveras.

Ta créativité : tu canaliseras et développeras.

Ton alimentation : tu soigneras.

Les moyens alternatifs : tu essaieras.

Tes émotions : tu les exprimeras.

Le découragement, le désespoir : tu traverseras.

Couper les stimulations : tu te dépêcheras.

Les événements trop émotionnels, les stresseurs : tu éviteras.

L’arrêt maladie : si possible tu demanderas.

Un journal de bord : tu tiendras.

Avoir des proches qui te soutiennent : tu choisiras. Qui ne te considèrent pas comme un symptôme, une écoute bienveillante, tu choisiras.

Ton téléphone : le plus possible, tu éteindras.

Internet, la lecture : le plus possible, tu éloigneras.

Le contact avec les gens : tu limiteras.

Une excuse auprès des personnes inconnues : tu inventeras : malade, une bonne longue grippe…

Honteux de ton état : tu ne seras pas.

Te considérer comme un symptôme vivant : tu t’interdiras.

Le trouble bipolaire et la phase maniaque : tu ne le nieras pas.

L’escalade de la montée : tu observeras.

Tous les jours, toutes les minutes : tu t’évalueras.

Ton consentement pour une hospitalisation : tu choisiras tes personnes ressources pour décider.

Tes médicaments et leurs effets secondaires : tu connaitras sur le bout des doigts.

Tes tâches du quotidien : si possible tu délègueras : entourage, soignants, travailleurs sociaux…

Les moments plaisirs : tu conserveras.

Des moments de calme. : tu t’imposeras.

Ton emploi du temps : tu aménageras.

La musique douce : tu écouteras.

Pleurer un maximum : tu essaieras.

Les hallucinations : tu accueilleras avec bienveillance.

Le non-jugement envers toi : tu t’accorderas.

Seul, dehors, au début : tu ne sortiras pas.

De la douceur, de la bienveillance : tu te donneras.

Et beaucoup d’autres principes.

C’est en respectant et en appliquant ces principes que j’ai réussi à rester chez moi dans ma dernière phase maniaque. Comment j’ai fait pour revenir à ma « stabilité » sans être hospitalisée.

Le chemin a été long, périlleux, douloureux car j’ai appris sur le tas. J’ai essayé de me souvenir de tout ce qui m’avait calmé par le passé. J’en ressors fortifiée et pleine de confiance. Avec de nouvelles préventions et principes « fait-maison » à m’appliquer si cela se reproduit. J’en apprends encore tous les jours. Le chemin a aussi été doux, grâce à mes « personnes ressources ».

Courage, aies-confiance en toi, affronte tes peurs, traverse les phases avec confiance, douceur et indulgence, tu es maître de ton navire, capitaine ton esprit, patron de ta conscience.

Navigue au travers de la cascade de ta phase maniaque, sans avoir peur de ce que tu vois/entend. C’est TEMPORAIRE.

P.S : Pour aider mes proches à m’accueillir telle que j’étais, j’ai écrit ce « guide » afin que ta famille et ton entourage puissent te regarder tel que tu es, parfaitement « normal » : https://commedesfous.com/guide-famille-pour-son-proche-en-crise-maniaque/

Affectueusement, et patience et espoir comme dirait un ami,

Lucie

https://www.instagram.com/lucie_ptit_lu/

5 Comments on “La crise maniaque : peut-on éviter les urgences et rester chez soi ?

Lise B.
21 décembre 2021 chez 11 h 19 min

Peut-être que je me trompe, mais est-ce que par hasard tu es L. qui avait un blog il y a quelques années ? (si ça se trouve pas du tout… si oui, je le lisais assidûment)

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Lucie (ou bien L..) ;-)
21 décembre 2021 chez 12 h 19 min

Salut c’est bien moi ! J’espère que mes articles t’ont aidé à l’époque ? Je reviens écrire en espérant aider de nouveau. Contente de savoir que tu me lisais ! Enchantée de nouveau !

L.

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Lise B
21 décembre 2021 chez 18 h 19 min

Hehe c’est marrant parce que je t’ai reconnue à la pâte de l’écriture 🙂 Comme quoi !
Et oui c’est sympa de te retrouver là, ça m’avait bien aidée en effet. Je n’étais pas exactement dans la même situation mais je sentais le déséquilibre profond commencer à s’installer. Ton blog, celui de W. et quelques autres ont bien aidé mon moral à s’accrocher pour les turbulences qui allaient suivre. Et à déjà me préparer à affronter « l’univers psychiatrique », son jargon, ses dogmes… J’ai pas mal de recul sur tout ça aujourd’hui, en grande partie grâce à ces blogs.

Contente de voir que tu tiens toujours la barre, et hâte de te lire davantage.

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Lucie
8 janvier 2022 chez 10 h 48 min

Salut c’est aussi le blog de W. et la communauté créée autour qui m’a permise de vite comprendre, m’adapter, prendre les enseignements qu’il avait déjà acquis et transmis via ses écrits. Encore aujourd’hui je suis en contact avec ces personnes, et eee nouvelleds, qui poursuivent ce chemin de vie, avec de nouvelles réflexions sur la bipolarité grâce aux années qui sont passées. Avec plaisir de te retrouver en tant que lectrice, et pourquoi ne pas écrire aussi ? Tu as sans doute beaucoup à partager. Et être dans ces nouvelles associations comme ce blog qui continuent de changer mon regard. Au plaisir !

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La crise maniaque : peut-on éviter les u...
26 septembre 2022 chez 9 h 34 min

[…] Si je pose la question, et que j’écris cet article, la réponse est oui. 3 crises maniaques. 3 fois sans passer par la case urgences psychiatriques. Je n’ai pas réussi à éviter ces phases maniaques. Elles s’imposent à moi quand je ne me respecte pas et quand je ne m’écoute pas.  […]

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