⚠️ TW : sexe, suicide, TCA, alcool, drogue, mutilation
UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR.
La sexualité ne se laisse pas facilement raconter, tout comme elle ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Le corps est notre interface avec le monde.
Nous vivons l’expérience sensorielle à travers ce capteur géant. Peut-être que ce corps est si tabou parce qu’il est celui du premier jugement, dans le regard de l’Autre. Regard qui finit par se graver dans le nôtre.
Ce corps, celui qui ne reflète pas notre âme et nous trahit alors.
Un pas de côté hors des normes de la société suffit pour que ce corps soit rejeté, maltraité, malgré sa promesse de jouissance éternelle. Le corps est vivant, mouvant, témoin du temps qui passe, de notre vivacité et de nos intempéries.
Il est notre véhicule, notre tramway nommé désir.
DON’T MAKE ME SAD.
« Prends tes médicaments, tout ira bien… »
Un jour, la libido s’endort, sans crier gare, et nous laisse sur le quai. La libido, ce canal de pulsion de vie qui s’éteint en même temps que nos envies.
À ce moment-là, nous ne sommes plus pilote du tramway : nous devenons copilote. Nous nous dissocions de ce corps qui crie déjà à l’agonie.
Si seulement on nous avait dit qu’iels tueraient ce qui était déjà difficilement apprivoisable : notre corps, notre cœur et notre désir…
Prendre les médicaments ou faire l’amour ?
La santé mentale ou le plaisir ?
Pourquoi ces troubles doivent-ils toujours nous obliger à tout choisir ?
On échange sa libido contre le droit de ne plus pleurer.
C’est une transaction que personne ne devrait avoir à faire.
Se replier à faire des comptes d’apothicaire pour ne pas être privé·es d’une part essentielle de notre humanité : notre chair.
CACHEZ-MOI CE CORPS QUE JE NE SAURAIS VOIR.
Quand une main effleure son bras et que des reliefs apparaissent, stigmates d’une vie qu’on aurait voulu avorter, et qu’on remet vivement sa manche dessus…
C’est aussi ce corps mutilé qu’il va falloir désormais chérir de tout son être, alors même qu’on aurait souhaité qu’il n’existe plus.
On l’affame, on le diffame, on le remplit, on le cache.
On compare son corps à celui d’avant. Celui qui n’avait pas connu les hospitalisations, le surplus de graisses accumulé, le teint vitreux, l’interdiction de l’exposer au soleil.
Et ce mât qui ne se dresse plus, ce bouton de fleur qui n’ose plus éclore, alors que tout notre esprit hurle à la passion. Le handicap invisible finit par s’écrire sur la peau.
Et quand on se retrouve en face de son·sa soignant·e, on baisse les yeux, on rosit peut-être légèrement, et on murmure sur ce sujet tabou.
« Oui, mais comment faire ? C’est ce médicament qui vous convient… »
C’est alors rentrer chez soi, dans son corps dénié.
Taire ce qu’on aurait voulu crier : « Ne me dites plus que tout ira bien, dites-moi que j’existe encore dans cette peau. »
DANS LA MERCO BENZ.
Au milieu du tournis, souvent pour oublier, pour se sentir vivre, retrouver les sensations, le sexe devient prédateur, consommable et jetable. Une tentative de rallumer le courant par le court-circuit.
On oublie de se protéger, parfois l’ivresse et la drogue mènent la danse.
Tout, pourvu qu’on ressente.
Et quand les escapades endiablées se présentent, c’est que nous roulons à 180 sur l’autoroute, et que le véhicule n’a plus de frein. Se réveiller en se demandant : « Mais qui suis-je, quand je ne suis pas moi ? »
Le sexe n’est plus une rencontre, c’est une décharge. Une faim animale, abrasive, que rien ne rassasie, où l’autre n’est plus qu’un combustible pour entretenir l’incendie.
C’EST DE L’ESPOIR QUE JE PROMÈNE.
Le sexe se réduit-il au corps ? Que faire lorsque la libido s’envole ou rugit ? Devenir uniquement donneur·euse ou renoncer ?
Et si on réinventait le voyage ?
Le sexe ne se résume pas à un coït, ni à un·e partenaire unique.
Les caresses par l’esprit, des câlins, des baisers, la tendresse, l’amour, le respect de son rythme. Réclamer un droit à la lenteur et à l’érotisme de l’absence.
Réapprendre à s’aimer par d’autres chemins que ceux de la performance ou des normes sociales.
C’est une invitation à ne pas laisser la psychiatrie définir les limites de notre humanité.
Tu existes encore dans cette chair, même si elle est meurtrie ou silencieuse.
lucie_ptit_lu


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