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3 février 2021

En finir avec la camisole chimique ?

soin chimique

Doit-on consentir au soin pharmacologique ? Et doit-on répondre à un comportement inadapté par de la chimie ?

J’aimerais aborder la question des médicaments psychiatriques et l’idée de devoir s’intoxiquer pour aller mieux. Je n’ai pas trouvé de réponse définitive alors je vous laisse vous interroger avec moi.

Je ne sais pas si le parallèle est juste mais on vit dans un monde de plus en plus soucieux du bien-être animal, où on en vient à substituer notre alimentation par de la chimie, du faux-mage, de la fausse viande, pour le bien de la planète dit-on.

Mais quand ça touche à votre corps au-delà de l’alimentation, quand on vous enjoint à prendre une molécule chimique pour vous apaiser ou vous permettre de réguler vos émotions et même vos idées, la question du consentement se pose toute entière, on appelle ça la camisole chimique.

Doit-on répondre à un comportement inadapté (ou un trouble) par de la chimie ? Il serait illusoire de soutenir coûte que coûte que c’est la faute à cette société si nos comportements sont inadaptés. Tout comme il est illusoire de nous obliger à nous adapter à une société malade. En clair, les comportements inadaptés existent, ce n’est pas que de la faute aux autres si on ne va pas bien.

Mais là où ça se complique, c’est quand on individualise le problème, à tel dérèglement on répond par telle molécule comme s’il suffirait de trouver la bonne molécule et la bonne dose pour chacun.

Ce qui me gêne en premier, c’est bien de devoir ingurgiter des comprimés sans mon consentement, de me voir priver de la possibilité de m’en sortir sans les médicaments. Car des exemples de personnes se rétablissant sans l’institution psychiatrique et sans aide médicamenteuse, ça existe aussi.

Ce qui me gêne en complément, c’est la disparition de la dimension collective. A chacun son trouble, à chacun son traitement. Impossible de politiser la question car impossible de sortir de la vision individuelle et personnalisée du traitement. Les réunions collectives ne servent à rien, la problématisation du conflit on n’en veut pas, on veut juste que tu ailles voir en tête à tête un psy pour te remettre sur pied. Du coup, tu repars avec une ordonnance, la souffrance disparaît un temps et puis comme par hasard elle ressurgit sous une autre forme de manière chronique.

Sommes-nous donc à ce point incurables ou c’est la société qui oublie de proposer des espaces pour le mieux-être ? Elle est où l’alternative à l’hôpital et aux soins sans consentement ? Est-ce à chacun de trouver, par ses propres moyens, sa façon d’échapper à l’hospitalisation ?

Je suis radicalement opposé à la privation de liberté en échange d’un traitement médicamenteux matin, midi, goûter, soir et nuit. Et pourtant, c’est parfois nécessaire… Ou c’est juste qu’on s’empêche de transformer le système parce que c’est trop compliqué.

A quoi bon traumatiser les gens en les attachant à leur lit ou en les préservant d’eux-mêmes par les chambres d’apaisement ? On savait faire autrement, pourquoi on ne le fait plus ou pourquoi on ne cherche plus à le faire ?

Pourquoi culpabilise-t-on les gens qui arrêtent leur traitement chimique dès qu’ils vont mieux ? Parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont malades ? Ou plutôt parce que leur seule marge d’action, c’est de les arrêter individuellement pour retrouver un semblant de vie normale ?

Je ne crois plus à la maladie et à son incurabilité, je crois même qu’avec un bon accompagnement on peut dépasser ses traumas, accepter ses limitations et se passer du traitement chimique. Sauf qu’il n’y a pas de lieu qui accompagne cette transition entre la prise de médicaments (forcée) et la réduction progressive jusqu’à l’anéantissement du soutien chimique.

En plus d’être invisibles, on coûte de l’argent à la société. C’est pour ça que les professionnels tentent maintenant de nous remettre dans le circuit du travail en milieu ordinaire. Mais le remboursement des psychotropes aussi coûte à la société.

Dernier problème, la société c’est nous. Il n’y a pas ceux qui bénéficient de soins d’un côté et ceux qui payent leurs impôts pour financer ce soin.

On peut s’interroger sur le financement. Pourquoi ne finance-t-on pas le soin par la parole ou par l’activité thérapeutique qui extrait la personne de son isolement plutôt que de financer la sécurisation des lieux de soin ou, pire encore, d’enlever les moyens humains pour les remplacer par des distributeurs de médicaments.

On peut également s’interroger sur cette vision hospitalo-centrée et se dire que ce sont aux personnes en soin elles-mêmes de s’auto-organiser. Mais c’est se voiler la face sur l’oppression systémique et oublier la réalité des institutions psychiatriques.

Inadaptés nous le sommes, mais pas toujours, inadaptés à un système qui broie aussi bien les personnes en soin que les soignants.

Non le médicament ne soigne pas la souffrance, c’est une béquille, un outil thérapeutique, qui sans autre accompagnement ne fait que détruire à feu lent le corps de celui qui s’intoxique avec ces traitements, pour « son bien » et pour ne pas déranger par des comportements inadaptés.

Pour finir, je ne crois pas que nous soyons différents par essence, nous avons chacun notre parcours plus ou moins heurté par les malheurs de la vie, et l’important c’est d’entretenir l’espoir d’un mieux-être à la fois individuel et collectif, par l’entraide, par la transmission des savoir-être et faire, au lieu de repartir à zéro à chaque fois.

Car le soin chimique est le degré zéro de la psychiatrie, le vrai soin est ailleurs, c’est la remise en vie et en mouvement de chaque personne pour qu’elle puisse s’épanouir et pas juste s’intoxiquer pour survivre. L’important c’est la santé (pas forcément la santé mentale).

Joan

5 Comments on “En finir avec la camisole chimique ?

virginie
7 février 2021 chez 15 h 42 min

C’est la psychiatrie qui est le degré zéro du soin. Et les patients ne peuvent pas soigner une institution qui va aussi mal et génèrent tant de souffrances aux soignants eux mêmes. Je suis désolée que tu aies à nouveau eu si mal.

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Jean Gameau
11 février 2021 chez 1 h 33 min

C’est l’impasse actuelle de la psychiatrie la preuve c’est qu’ils font appel à des usagers pour soigner leur pairs mais c’est juste une querelle de clocher les vrais malades c’est la société elle même et ceux qui veulent nous faire rentrer de force dans une norme de malades qui n’est pas forcément la notre ! Je me suis sevres de toute chimie depuis plus de 2 ans et je vie très bien après avoir bouffé de la chimie pendant plus de 40 ans ; et je peux dire que il faut une bonne dose d’espoir et de persévérance et se dire que rien n’est définitif et aussi le degré de résistance à la douleur et bon courage quand même ! !!

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David R.
11 février 2021 chez 19 h 00 min

Bonjour.
Je suis usager de la psychiatrie, je prends un traitement qui me convient et je suis stable et équilibré, plutôt à l’aise dans ma peau. L’intégration sociale est plus complexe, je n’ai pas d’emploi, par choix ou nécessité, un peu des deux, mais j’ai une pratique artistique qui ne demande qu’à s’épanouir.
Votre point de vue est intéressant et suscite en moi une contradiction profonde. Cette problématique des soins médicamenteux sans consentement (du moins initialement) du patient est partagée par de nombreuses personnes et nous y sommes tous confrontés à un moment de notre parcours de soin.
Déjà vous parlez d’intoxication chimique. Pourquoi ? Si un traitement ressemble à un sac de bonbons, je comprends que le nombre élevé de médicaments suscite le rejet. C’est une forme d’acharnement détestable même si certains présentent des troubles très résistants. Mais dans beaucoup de cas, une ou deux molécules suffisent.
De plus, sans pouvoir comprendre le mal psychique scientifiquement à 100% (ce n’est pas que du comportemental, il y a une part d’esprit, d’humeur, de pensée qui peuvent induire de grandes souffrances), sans savoir la vérité ultime, le soin repose sur un ensemble de thérapies davantage que sur la chimie seulement : il y a la parole en psychothérapie et dans la vie personnelle des individus ; il y a le milieu familial, celui que l’on construit pour dépasser la famille, les amitiés, et parfois le milieu des soins (hôpital, CMP, CATTP, GEM) ; il y a le ou les traitements (on en connaît souvent plusieurs successivement dans une vie de schizophrène, ou de bipolaire, dépressif, etc) car ils permettent pour la plupart une régulation du système nerveux défaillant en raison d’un dérèglement hormonal qui fiche la zone dans le cerveau et aussi dans la vie des gens. Il y a d’autres activités, que chacun choisit, qui peuvent aider : écouter de la musique m’a beaucoup apporté.
Mon traitement lui m’a apporté, après 15 ans partagés par deux autres traitements moins efficaces, m’a apporté finalement une sortie de ma bulle chimique, qui m’a permis d’être plus actif physiquement, progressivement plus éveillé intellectuellement que pendant les années de souffrances au début de ma maladie, ainsi qu’une meilleure prise en charge de mon autonomie et le désir d’avancer, de tourner une page.
Comme vous l’avez vous-même compris, soigner et pourquoi pas guérir d’une pathologie psychique, ce n’est pas réduit à être le prisonnier de la psychiatrie. C’est surtout retrouver les liens sociaux, amoureux, amicaux, familiaux, et même professionnels. C’est retrouver le temps, le goût de la vie. C’est avec l’aide des autres, et d’un traitement ou bien sans si le mal est guéri, c’est avec le temps et avec le désir de revenir d’un enfer, c’est avec l’aide d’un psychiatre, d’un psychologues, d’infirmières, d’auxiliaires de santé, et avec le sens de sa propre autonomie, de l’hygiène, d’une passion, de la responsabilité. C’est moi, c’est mon corps et mon esprit, c’est ma vie que je reprends en main, peut-on se dire au cours de la prise de conscience, souvent longue, mais passionnante et riche, qui mène à se soigner et à guérir, grâce à la chimie s’il le faut. C’est mon choix personnel et je conçois que d’autres puissent en faire un autre. Moi, je n’aurais pas aimé naître un siècle plus tôt, car j’aurais croupi dans un asile et je serais sans doute à mon âge déjà mourant. C’est cette chance que mon point de vue vous permettra peut-être de reconsidérer si vos réticences ne sont pas un obstacle insurmontable. Je l’espère et je vous souhaite, avec mon message d’espoir, le plus grand bonheur dans votre avenir et aujourd’hui d’abord.

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Joan
20 février 2021 chez 7 h 28 min
Bouti
29 mars 2021 chez 23 h 50 min

Je vais m’exprimer en fonction de mon vécu, ma petite expérience, et de mon trouble (bipolaire). Je ne connais pas les conditions dans les hôpitaux psychiatriques. Pour avoir entendu et lu des témoignages, je suis persuadée que l’attachement et les chambres d’isolement pourraient être évités, et surtout, remplacés par d’autres moyens humains. Je pense que c’est une expérience traumatisante, et qui déshumanise et que l’on doit dénoncer, et agir pour proposer des solutions alternatives, pas rester uniquement dans la dénonciation. Je n’ai pas connu non plus l’hospitalisation sous contrainte. Par contre je connais le fait de recevoir un diagnostic que l’on dit incurable, diagnostic peu flatteur de folle, je connais la médication qu’on me propose à vie, je connais ce qu’il se passe quand on arrête une médication. Je connais ma vie d’avant sans médication ( bonjour alternances de dépression et d’euphorie chaotiques). Je connais la reconnaissance travailleur adulte handicapé, l’allocation adulte handicapé, et ma case « handicapée mentale ». Alors qu’en fait, je ne me juge ni folle, et encore moins quand je regarde le monde autour de moi. Je ne souffre plus de mon étiquette, ni de mon traitement.

En dehors de l’hôpital psychiatrique, personne ne m’impose de prendre un traitement, ni de consulter un psychiatre. Je le fais depuis 7 ans, de mon plein gré, avec grande attention, et surtout je me renseigne. Qu’est-ce que je prends ? Qu’est-ce que cette molécule ? Sur quoi agit-elle ? Est-ce un thymorégulateur ? Un anti-psychotique ? Un antidépresseur ? Combien de durée de vie dans le corps ? Pourquoi on me donne ça ? C’est quoi les effets secondaires ? Qu’est-ce que le trouble bipolaire ? Qu’en pense-t-on en France ? A l’étranger ? Quelle part de chimie dans ce trouble ? Quelle part de personnalité, environnement, de psychologie (ou autre que j’oublie) dans ce trouble ?

Et le meilleur de mon point de vue c’est ce que vous faites ici, je lis et j’échange avec ceux qui en parleront toujours le mieux et le plus juste : les fous. Gardez cet esprit critique que vous avez commedesfous, et bravo pour ça. Observez, analysez, réfléchissez pour vous et pour le bien-être collectif des fous, continuez d’agir comme vous le faites avec du CONCRET, des actes.

Oui, dans un premier temps, on rejette tout, bien-sûr. Diagnostic, et traitement. La molécule miracle n’existe pas. En France on insiste énormément sur la médication, c’est dramatique. Pourquoi ? Parce qu’on ne nous donne pas d’explication sur ce traitement, sur ce trouble, et encore moins des conseils pour vivre au quotidien, des associations, etc.

On évalue nos symptômes, on ajuste en traitement, et ce que j’ai trouvé le plus dur à entendre  » en fait, y a pas vraiment de traitement, on tâtonne, on fait du mieux qu’on peut, la science avance, on attend « . Qui a envie d’entendre ça ? J’avais juste envie d’entendre  » okey bébé, je te donne un bonbon, et puis ça passe « .

Non, je ne voulais pas entendre à 24 ans  » salut t’as un trouble, on sait pas trop ce que c’est, on va te donner des médicaments on sait pas trop si ça marche, mais t’inquiètes ça va passer « . J’avais envie d’entendre :  » Viens y a plein de centres en France où on va tout t’expliquer. On réfléchit tous ensemble à ces troubles mentaux, chacun donne son expérience, son vécu, on a aussi avec nous des soignants qu’on forme, des spécialistes qui étudient le trouble et son ensemble sous toutes les coutures, tous les jours, main dans la main. Les psychiatres t’expliquent la part chimique évaluée dans ton trouble, tout en t’indiquant que ce n’est qu’une infime partie de ton « traitement » et qu’il n’est qu’une béquille. On est là, on va tout t’expliquer, et ce qu’on explique pas, on va le trouver ensemble ».

Prendre ses médicaments et ne rien faire d’autre, comme c’est bien dit dans l’article, n’a quasiment aucune utilité. Malheureusement, de l’autre côté, ne pas le prendre mais établir tout le reste (si précieux) : psychothérapies, activités bien-être, information à l’entourage, groupe d’entraide etc. apparemment ne suffit pas non plus. Si un jour vous trouvez ne serait-ce qu’une seule personne qui puisse dire qu’elle gère ses crises maniaques, ses profondes dépressions, sans traitement, mais avec un protocole tout autre, alors cette personne là sera une clé d’un changement très important que l’on devra surmédiatiser, et je serai la première derrière. Je l’attends toujours.

Je pourrais être bipolaire oui, sans médication, seule, ? Oui dans un désert. Pas dans la société dans laquelle je vis.

Dans la vie, j’aime le compromis. Pas de surdiabolisation des fous, mais pas de surdiabolisation de la psychiatrie actuelle. C’est pas les fous VS les psychiatres. L’idéal ce serait les fous AVEC la psychiatrie.

Où trouves-tu la force de penser je cite ?  » Je ne crois plus à la maladie et à son incurabilité, je crois même qu’avec un bon accompagnement on peut dépasser ses traumas, accepter ses limitations et se passer du traitement chimique.  »

Sur quoi ce base cette croyance intime ? C’est un de mes buts dans la vie, prouver que c’est possible. J’espère. Mais je ne « crois » pas.

Tant que j’ai pas un exemple vivant devant moi de personne avec trouble bipolaire bien dans sa peau, je suis mon premier contre-exemple. J’ai tout le protocole hors-médication mis en place (après de longues années). J’ai testé sans la médication, je n’ai fait qu’aggraver mon cas. J’ai l’espoir, et je te comprends.

J’ai l’espoir tout comme vous, qu’on se rassemble, qu’on échange, qu’on fasse changer la vision des troubles mentaux. Comme le dit Agathe dans la vidéo, c’est montrer qu’on a une parole cohérente, intelligente, et fiable. Folie ne veut pas dire que nous sommes dangereux ou bien que nous manquons « d’intellect ».

Fallait bien choisir un mot, on en trouvera peut être un autre.

En attendant, continuez d’être ce contre-media. En attendant, je prends ma médication volontaire, faute de mieux, en me disant que le diabète c’est aussi incurable, comme tout un tas de maladies, et que la molécule que je prends (un anti-épileptique) ne fait pas beaucoup de dégâts comparée à d’autres.

Ça m’emmerde oui, c’est injuste, peut-être, je me serai bien passée de la bipolarité et d’une institution psychiatrique française défaillante.

Ça ne fait pas de moi un mouton de la société qui prend docilement son bonbon et qui se range dans sa case bien sagement.
J’attends bien de vous commedesfous, j’attends bien de vous les fous qui passez sur ce blog, et de moi, que la psychiatrie actuelle se démode, et change. J’attends pas en fait, il faut « faire ». Dès que j’ai un peu plus de temps, je passerai ici 😉 J’ai payé ma cotiz oh ! Il est où mon T-SHIRT ?

Un auteur que j’aime beaucoup dit cette phrase : “Ne t’attaque pas au système, démode-le !” (extrait du livre du voyage de Werber) Je vous mets l’extrait, la révolution, oui. Voici une autre manière de la penser.

« Il est cubique, titanesque, froid.
Il est doté de chenilles qui écrasent tout.
C’est le système social dans lequel tu es inséré.
Sur ses tours tu reconnais plusieurs têtes. Il y a celles
de tes professeurs,
de tes chefs hiérarchiques,
des policiers,
des militaires,
des prêtres,
des politiciens,
des fonctionnaires,
des médecins,
qui sont censés toujours te dire si tu as agi bien ou mal.
Et le comportement que tu dois adopter pour rester dans le troupeau.

C’est le Système.

Contre lui ton épée ne peut rien.
Quand tu le frappes, le Système te bombarde de feuilles :
carnets de notes,
P.V.,
formulaires de Sécurité sociale à compléter si tu veux être remboursé,
feuilles d’impôts majorés pour cause de retard de paiement,
formulaires de licenciement,
déclarations de fin de droit au chômage,
quittances de loyer, charges locatives, électricité, téléphone, eau, impôts locaux, impôts fonciers, redevance, avis de saisie d’huissier, menace de fichage à la Banque de France, convocations pour éclaircir ta situation familiale, réclamations de fiche d’état civil datée de moins de deux mois…

Le Système est trop grand, trop lourd, trop ancien, trop complexe.

Derrière lui, tous les assujettis au Système avancent, enchaînés.
Ils remplissent hâtivement au stylo des formulaires.
Certains sont affolés car la date limite est dépassée.
D’autres paniquent car il leur manque un papier officiel.
Certains essaient, quand c’est trop inconfortable, de se dégager un peu le cou.

Le Système approche.

Il tend vers toi un collier de fer qui va te relier à la chaîne de tous ceux qui sont déjà ses prisonniers.
Il avance en sachant que tout va se passer automatiquement et que tu n’as aucun choix ni aucun moyen de l’éviter.

Tu me demandes que faire.
Je te réponds que, contre le Système, il faut faire la révolution.

La quoi ?
LA RÉVOLUTION.

Tu noues alors un turban rouge sur ton front, tu saisis le premier drapeau qui traîne et tu le brandis en criant :
« Mort au Système. »
Je crains que tu ne te trompes.
En agissant ainsi, non seulement tu n’as aucune chance de gagner, mais tu renforces le Système.
Regarde, il vient de resserrer les colliers d’un cran en prétextant que c’est pour se défendre contre « ta » révolution.
Les enchaînés ne te remercient pas.

Avant, ils avaient encore un petit espoir d’élargir le métal en le tordant.
À cause de toi, c’est encore plus difficile.
Désormais, tu as non seulement le Système contre toi, mais tous les enchaînés.
Et ce drapeau que tu brandis, est-il vraiment le « tien » ?

Désolé, j’aurais dû t’avertir.
Le Système se nourrit de l’énergie de ses adversaires.
Parfois il fabrique leurs drapeaux, puis les leur tend.

Tu t’es fait piéger !
Ne t’inquiète pas : tu n’es pas le premier.

Alors, que faire, se soumettre?
Non.

Tu es ici pour apprendre à vaincre et non pour te résigner.
Contre le Système il va donc te falloir inventer une autre forme de révolution.
Je te propose de mettre entre parenthèses une lettre.
Au lieu de faire la révolution des autres, fais ta (r)évolution personnelle.
Plutôt que de vouloir que les autres soient parfaits, évolue toi-même.
Cherche, explore, invente.
Les inventeurs, voilà les vrais rebelles !

Ton cerveau est le seul territoire à conquérir.
Pose ton épée.
Renonce à tout esprit de violence, de vengeance ou d’envie.
Au lieu de détruire ce colosse ambulant sur lequel tout le monde s’est déjà cassé les dents, ramasse un peu de terre et bâtis ton propre édifice dans ton coin.
Invente. Crée. Propose autre chose.
Même si ça ne ressemble au début qu’à un château de sable, c’est la meilleure manière de t’attaquer à cet adversaire.
Sois ambitieux.
Essaie de faire que ton propre système soit meilleur que le Système en place.
Automatiquement le système ancien sera dépassé.

C’est parce que personne ne propose autre chose d’intéressant que le Système écrase les gens.
De nos jours, il y a d’un côté les forces de l’immobilisme qui veulent la continuité, et de l’autre, les forces de la réaction qui, par nostalgie du passé, te proposent de lutter contre l’immobilisme en revenant à des systèmes archaïques.
Méfie-toi de ces deux impasses.

Il existe forcément une troisième voie qui consiste à aller de l’avant.
Invente-la.
Ne t’attaque pas au Système, démode-le !

Allez, construis vite.
Appelle ton symbole et introduis-le dans ton château de sable.
Mets-y tout ce que tu es : tes couleurs, tes musiques, les images de tes rêves.

Regarde.
Non seulement le Système commence à se lézarder.
Mais c’est lui qui vient examiner ton travail.
Le Système t’encourage à continuer.
C’est ça qui est incroyable.
Le Système n’est pas « méchant », il est dépassé.
Le Système est conscient de sa propre vétusté.
Et il attendait depuis longtemps que quelqu’un comme toi ait le courage de proposer autre chose.
Les enchaînés commencent à discuter entre eux.
Ils se disent qu’ils peuvent faire de même.

Soutiens-les.
Plus il y aura de créations originales, plus le Système ancien devra renoncer à ses prérogatives. »

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