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14 février 2018

C’est fou de dire que Trump est fou [Philippa]

Le 17 janvier dernier, Ronny Jackson, médecin de la maison blanche, a présenté devant la presse du monde entier le bilan de santé détaillé de l’actuel président des États-Unis. Poids, taille, cholestérol, résultats de coloscopie et des tests urinaires, tonus intestinal, vivacité du foi, facultés cognitives, nous avons eu droit à tout.

Dans la salle de conférence de presse, une journaliste, plutôt jolie, longues jambes nonchalamment croisées, interpelle le médecin à la fin de son exposé « mais et sa santé mentale ? Sa santé mentale lui permet-elle vraiment de gouverner ? »

C’est la grande question du moment. Et si l’identification d’un problème de santé mentale chez Trump pouvait sauver l’Amérique de la honte et du danger de l’avoir élu ?

Comme d’habitude quand il s’agit de santé mentale, nous multiplions les amalgames et les préjugés et nous faisons fausse route.

Je suis consultante sur les enjeux de santé mentale dans les entreprises et les organisations publiques. Mon champ d’action se situe sur le terrain professionnel, pas médical.

Je suis aussi engagée personnellement et professionnellement au sein de l’association Clubhouse France qui accompagne les personnes qui souffrent de troubles psychiques dans leur réinsertion sociale et professionnelle.

Pour faire mon métier, j’ai lu des manuels de psychiatrie et j’ai été formée par des psychiatres.

Il me semble que le diagnostic de Donald Trump n’est pas très difficile à poser et ne mérite pas autant d’agitation.

Il est même particulièrement banal et fait partie des plus répandus à l’heure actuelle. C’est évidemment du ressort de la personnalité. Un trouble de la personnalité donc, mot derrière lequel on pourrait rajouter narcissique ou histrionique mais ce n’est pas indispensable.  Cela rajoute des mots compliqués pour rien.

Concrètement qu’est ce que ça veut dire ?

Pour le savoir, commencez par observer attentivement le petit bout du nez de Trump, la forme de sa bouche en cul de poule et son air de petit garçon pas content qui a bien l’intention de faire savoir au monde entier que c’est lui le chef.

Allez ensuite dans le parc le plus près de chez vous et observez ce petit garçon un peu bouboule qui parle plus fort que les autres, s’agite gauchement et se met très en colère quand un autre enfant lui pique son râteau vert. Regardez sa mère lui dire « calme-toi mon chéri » et lui continuer à hurler.

Regardez bien cet enfant, c’est Donald Trump à quatre ans.  Et quelque chose de l’homme qui gouverne aujourd’hui le pays le plus puissant du monde, est resté bloqué à cette époque-là de sa vie, dans un bac à sable.

La toute puissance caractéristique de l’enfant qui se construit n’a jamais vraiment pris fin chez lui. Il est immature et dominateur, comme beaucoup de gens, et ce ne serait pas si grave s’il n’était pas président des États-Unis.

Notre époque produit ce genre d’individus en nombre. Il y en a beaucoup dans les organisations à des postes de management et de dirigeants.

Ils sont dominateurs, manipulateurs, colériques et égocentriques.  Et l’une de leurs caractéristiques, pour une raison qu’il faudrait prendre le temps d’analyser, est de parvenir à des postes au-dessus de leurs compétences. Ce sont des imposteurs, et de nos jours, ils se faufilent partout.

Notre société du spectacle semble particulièrement sensible à ce mélange de séduction et de brutalité qui les caractérise. Il faut dire qu’ils ont un certain talent pour faire le show. Leur principale préoccupation étant d’être vus, d’être au centre de tout.

J’ai une  mauvaise nouvelle pour ceux qui voudraient se servir de ce banal trouble de la personnalité pour se débarrasser de Trump : ces individus-là n’ont que très rarement un problème de santé mentale.

Ils souffrent assez peu, ils font plutôt souffrir les autres. Ils ne tombent pas malades de leurs dysfonctionnements. Ils ont même une résistance assez impressionnante. Ils n’ont donc aucune raison de consulter.

Pour finir j’invite tous ceux qui s’agitent autour de la santé mentale de Trump, à penser à toutes les femmes et tous les hommes, managers, salariés, artistes, mathématiciens ou hommes d’état (je pense notamment à Winston Churchill) qui ont eu des problèmes de santé mentale et que ça pas n’a empêché d’être talentueux et compétents.

Derrière un problème de santé mentale, il y a un individu avec une pensée (ou pas), une sensibilité (ou pas), des idées (ou pas), une intelligence (ou pas), une culture (ou pas), une ouverture d’esprit (ou pas) et ce sont ces paramètres qui déterminent la capacité de quelqu’un à mener à bien une mission ou un mandat.

Trump, s’il n’était pas cet homme sans finesse, grossier, inculte et auto centré, pourrait être un excellent président des états unis, même avec un problème de santé mentale. Suis-je obligé de rappeler que ce types de troubles touchent à l’heure actuelle une personne sur quatre au cours de sa vie, qu’ils se soignent, se stabilisent et ne riment pas avec incompétence.

Au lieu d’essayer de diagnostiquer Trump et de porter atteinte par la même occasion à tous ceux qui sont concernés, demandons-nous plutôt quelles dérives ont permis l’élection d’un être aussi médiocre à la tête du pays le plus puissant de la planète.

Assumons et essayons de comprendre comment on en est arrivé là. Après tout c’est peut-être notre société  toute entière qui a un problème de santé mentale dont Trump ne serait que l’expression la plus grossière.

Il est temps de nous interroger avec un peu plus d’honnêteté, au risque de lui ressembler en véhiculant des préjugés grotesques.

 

Philippa Motte, Consultante Santé mentale et Emploi, Association Clubhouse France

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