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18 février 2018

Est-ce bien des fous qu’on assassine ?

Parce que devenir fou n’est à mon sens, et au sens de beaucoup d’autres, qu’une conséquence de traumatismes survenus dans la vie de personnes que le monde n’avait pas armé à y faire face.

Parce que la sortie du monde, par la production de créations psychiques, par la folie intestine, par le recours à l’altération artificielle du psychisme, par le suicide même, n’est que la conséquence de cette impossibilité à faire face à ces traumatismes.

Parce que vient ensuite l’enfermement psychiatrique qui par son recours à la discipline croit pouvoir juguler des tentatives d’évasion de ce monde qui a blessé, ces tentatives de sortie de ce réel invivable, en incarcérant des hommes et des femmes à moitié assassinés par un environnement trop dur, en les plaçant dans cet univers fait de murs, de fenêtres qui ne s’ouvrent pas, d’odeurs pestilentielles et de colocataires eux-mêmes hautement blessé dans leur âme.

C’est l’heure de la torture spirituelle et affective.

Parce qu’ensuite c’est le recours aux traitements médicamenteux, à ce sparadrap chimique qui masque, annihile les émotions pour tenter de faire bonne figure en société disciplinaire, qui permet de produire des individus dociles là où le monde avait créé des électrons libérés.

Parce qu’ensuite c’est la solitude, la solitude d’un cœur qui ne ressent plus, d’une âme qui ne rêve plus, d’un corps qui ne jouit plus, cette prison intérieure qui se mue en prison extérieure par le rejet et le jugement de ce même monde qui a fait de nous d’anciens combattants de la guerre psychologique.

C’est l’heure de la torture chimique et émotionnelle.

Puis, contre toutes attentes, certains parviennent à se remettre de cet assassinat latent et incessant du monde sur eux. Ce monde qui n’a pas armé, qui a attaqué, qui à écrasé et qui a annihilé toute résistance et toute perspective de joie.

Puis, ceux-là, ceux qui survivent à ces traitements meurtriers, ceux qui parviennent à se retrouver humains dans tous ça, à se reconstruire une âme, un corps, un cœur, ils tentent de retourner dans ce monde assassin, et là c’est le jugement, le rejet, le poids du stigmate de plomb sur les épaules.

C’est l’heure de la torture sociale, c’est l’heure de comprendre que c’est bien ce monde toxique qui a participé à toutes ces étapes de vie de celui qu’on dit fou, produit d’une société maltraitante, blessante qui oublie l’amour et le respect, qui ne donne pas les armes pour se battre, qui fabrique ses fous et les rejette pour avoir échoué dans sa production…

Alors oui, la folie n’est pas une pathologie, une maladie de l’homme, c’est une conséquence d’un monde qui croit pouvoir fabriquer des petits soldats de plomb mécanisés qui entreront dans les rouages pré-dessinés et qui échoue sur des personnes qui n’avait juste pas les clefs, et qui peu à peu se font assassiner dans une destruction programmée.

Agathe M.

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