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17 décembre 2017

Patrick a vu 12 jours [Depardon]

Alors je m’étais dit j’irai. J’irai en ayant lu le moins d’articles et de critiques possibles, sachant que de toute façon j’allais ressortir de la séance mal à l’aise, et furax comme pas permis.

Car j’y ai eu droit un peu plus souvent qu’à mon tour, à la privation de liberté validée par la justice.

Commence le film, travelling ou je ne sais pas comment ça s’appelle dans un couloir bardé de portes.

Et là ça commence mal. Ce son, cet espèce de vrombissement, ça sort d’où ? Les claquements de portes et le bruit violent des serrures je veux bien, les cris surtout, mais pourquoi rajouter ce bruit de film d’angoisse de série Z.

Bon, première audience. Je me demande ce qu’ils font dans cette petite pièce ridicule ? Nous ne sommes pas dans un T.I, avec un avocat en robe ? Il semblerait que cela s’appelle des audiences « foraines ». Ça donne le ton.

Première audience, donc, la juge se présente : Bonjour, je suis la juge. On s’en serait douté, mais juge de quoi, madame ? A la seconde audience : Bonjour, je suis la « juge des libertés ». Ça se précise, la liberté est entre ses mains. C’est seulement à la troisième audience que le titre : « juge des libertés et de la détention » est énoncé. Je suis peut-être procédurier, mais nous sommes dans un tribunal, de campagne, certes, mais tout de même. Et pour moi le fait d’accoler « liberté » et « détention » me fait froid dans le dos. Quand nous nous retrouvons en HP, voire en UMD, nous sommes donc en détention ? Je pensais que nous étions en soin. Dont acte.

Une dame qui bosse chez Orange et subit à priori du harcèlement de la part de son manager parle à la juge de sa contention à son arrivée. « Ils étaient 12 » ! « Oui, il faut du monde madame ». Il y a un moment où est filmé genre discret un lit vide avec les sangles de contention. Avec une belle étiquette « cheville droite » à la place du poignet droit. J’ai été le seul dans la salle à rigoler. Jaune. La scène dure 10 secondes à peine. Ils auraient pu se donner la peine de s’attarder un peu au lieu de filmer des couloirs aux portes vertes.

Je passe ensuite sur des cas, mais note ces phrases qui reviennent à chaque fin d’audience :

Avocat : Rien à dire au niveau de la procédure (La seule erreur qui a été relevée a été considérée comme anodine)

Juge JLD : J’autorise donc les médecins à poursuivre l’hospitalisation sous contrainte

Glaçant de neutralité…

Viens sans doute une des auditions les plus marquantes du film, celle d’un jeune « schizophrène paranoïde », qui est sous traitement, et là pour le coup, pour ne pas le voir, qu’il est chargé comme un mulet, il faut fermer les yeux. C’est l’auteur de la phrase reprise à gogo par la presse « J’ai la folie d’un être humain ». Vu que j’étais en train de prendre quelques notes mais dans le noir, je n’arrive pas à me relire mais la suite est magnifique aussi. Une autre ? « Mon avenir recule »

Je n’ai pas envie de détailler tous ceux qui sont passés devant les juges, trop long et sans doute trop personnel. J’ai juste envie de rajouter, qu’hormis la séquence où l’on entend un cri répété dans une chambre fermée, les images des hôpitaux et des patients à l’extérieur de la salle d’audience sont ridicules. Quel est leur but ? Donner un aperçu anxiogène et ultra rapide de 5 patients qui fument leur clope ?

Lors de ma dernière comparution devant un JLD, c’était en 2011, j’avais viré le commis d’office et préparé un dossier mettant en cause le non-respect des dates et médecins différents qui devaient établir les certificats médicaux. Réponse de la juge : « Monsieur, vous avez sans doute raison mais l’annulation de votre internement pour cause de non-respect de procédure ne sera rendue possible que par la loi prévue l’année prochaine »

Pour conclure, je dirai que ce film m’a effectivement mis hors de moi, car Depardon n’a été aucunement militant pour un sou. Ce n’est pas son rôle mais quand même. Ne filmer aucune main levée sur tous ceux qui ont comparu, ne pas laisser leur assez la parole, ne parler que de prise de traitement ou de possibilité de suivi ambulatoire (2 fois ?) et ne pas réfléchir à chaque fois à des solutions alternatives à l’enfermement… Je n’ose imaginer comment ont été choisis les séquences, et me demande surtout à qui s’adresse ce film, entendant les rires des quelques spectateurs à des moments bien différents des miens. Aux des non-initiés, qui ressortent du documentaire avec la peur du fou au ventre, aux professionnels de santé qui jouent à deviner la pathologie du malade, je n’en sais fichtre rien.

 

Patrick Stern,

Pair-aidant numérique

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