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14 avril 2017

Psychiatrie : des violences évitables

En France, 400.000 personnes sont chaque année hospitalisées dans des services de psychiatrie. Un secteur hospitalier où la souffrance psychique mène parfois à des actes de violence verbale ou physique. On estime ainsi à 500.000 par an le nombre d’incidents, soit en moyenne trois incidents par semaine dans chaque unité d’hospitalisation en psychiatrie.

Si environ 30% des patients hospitalisés peuvent avoir des manifestations d’agressivité, seulement 2% des patients ont de manière répétée des moments de violence.

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Apprendre le soin en psychiatrie, apprendre sa violence

On vous présente le résumé de la thèse de doctorat de Charles-Edouard Notredame (2016) intitulée Apprendre le soin en psychiatrie, apprendre sa violence :

Pour peu qu’on accepte de ne pas se restreindre à ses acceptions les plus étroites, la question de la violence apparaît comme incontournable à chaque étape du soin en psychiatrie. Une violence qui, si elle tend à devenir inapparente, banale ou anodine aux yeux des habitués, ne manque pas interpeler, si ce n’est d’affecter, ceux qui ont à s’initier à la discipline.

En misant sur son potentiel révélateur, nous avons fait le pari de voir en l’apprentissage une voie d’exploration privilégiée des violences – qu’elles soient nécessaires ou déviantes – du soin de façon générale, et du soin psychiatrique de façon plus particulière. Cette exploration, nous l’avons menée à travers une réflexion critique, nourrie de la littérature médicale et des travaux de sciences humaines, mais également – dans un intérêt particulier pour le récit – de rencontres, de témoignages, de productions médiatiques et artistiques, ainsi que de nos propres expériences d’interne.

Nous avons d’abord voulu montrer comment la discipline psychiatrique, en tant que dispositif théorique en butte avec l’aporie épistémologique que représente l’inconnu étiologique, oscillait (et l’apprenant avec elle) entre le double risque violent de l’athéorisme et de l’idéologie totalisante.

En retraçant le parcours initiatique de l’apprenant en soin, nous avons ensuite tâché de mettre au jour ce qu’il y avait de nécessairement violent à entrer dans une relation intersubjective avivée ou menacée par la souffrance psychique, et ce qu’il y avait d’indûment violent à ce que le sujet se retrouve nié ou maltraité. Enfin, nous avons examiné la façon dont la psychiatrie composait avec la violence explicite de la contention, mesure attentatoire aux libertés individuelles souvent imposée avec force. Par une confrontation des voies de légitimation et des motivations réelles à son recours, nous avons interrogé les frontières de l’acceptabilité de cette violence.

Au terme de notre cheminement, il nous est apparu qu’une éthique exigeante, fondée sur un regard lucide et la pleine assomption du contingent violent consubstantiel au soin, était une condition nécessaire à ce que la psychiatrie soit en mesure de faire barrage à ses violences évitables. Cette éthique pourrait prendre ancrage dans un apprentissage soignant dont le paradigme pédagogique serait irrigué d’une conscience épistémologique particulière et qui garderait le sujet comme point de mire.

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