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13 mars 2022

L’enfermement à la folie [Prison Insider]

prison insider

En novembre 2021, Prison Insider publie, en collaboration avec l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), une analyse de la prise en charge des auteurs d’infractions qui souffrent de troubles psychiques dans huit pays : Allemagne 🇩🇪, Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et Pays-de-Galles 🏴󠁧󠁢󠁷󠁬󠁳󠁿, Belgique 🇧🇪, Espagne 🇪🇸, Italie 🇮🇹, France 🇫🇷, Pays-Bas 🇳🇱, Suisse 🇨🇭.

Plus de 40 % des personnes détenues en Italie 🇮🇹 présentent au moins un trouble psychique. Elles sont environ 30 % en Espagne 🇪🇸, 35 % en Angleterre 🏴󠁧󠁢󠁥󠁮󠁧󠁿 et 60 % aux Pays-Bas 🇳🇱. Ces proportions sont nettement supérieures à celles constatées en population générale. La prison signe fréquemment la rupture des liens sociaux et familiaux. L’isolement, la promiscuité et le bruit plongent les personnes détenues dans une atmosphère violente. Les consommations de substances sont courantes. Des conditions propices pour que se déclenchent, se développent ou se renforcent des pathologies psychiatriques existantes.

La prison se voit accueillir des personnes en souffrance, elle qui n’est pas un lieu de soin. Partout en Europe, les parcs pénitentiaires se dotent d d’unités de soins psychiatriques ou d’établissements dédiés : « on fait entrer l’hôpital en prison ». Des structures hybrides émergent, entre gestion pénitentiaire et soins psychiatriques. La Belgique 🇧🇪 ouvre des annexes psychiatriques en prison. L’Espagne 🇪🇸 se dote d’hôpitaux psychiatriques pénitentiaires. La France 🇫🇷 dispose de 26 Services médicopsychologiques régionaux (SMPR). Elle développe un plan de construction d’unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), surnommées hôpitaux-prisons. Aux Pays-Bas 🇳🇱, les établissements pénitentiaires psychiatriques sont situés au sein des prisons. Ils accueillent les personnes sous mesure de soins et les détenus qui nécessitent des soins.

Si la possibilité de transférer les détenus malades en hôpital psychiatrique existe, l’accueil reste timide, et ces derniers y sont largement discriminés. En Allemagne 🇩🇪, la majorité des hôpitaux psychiatriques généraux de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat refusent d’accueillir des patients détenus. Les personnels hospitaliers déclarent craindre pour leur sécurité et s’inquiéter du danger que ces personnes représentent. En Espagne 🇪🇸, le CPT note la réticence des autorités à effectuer des transferts de la prison vers l’hôpital psychiatrique : seules 2 % des personnes détenues le sont alors que 30 % d’entre elles répondent aux critères de transfert. En France 🇫🇷, le recours à l’isolement est quasiment systématique et la durée de séjour très courte.

Les personnels font face à des situations qu’ils ne sont pas en mesure de gérer. Une formation sur la prise en charge des troubles psychiques ne leur est que rarement dispensée. Elle est réduite au strict minimum lorsqu’elle existe : un paradoxe alors que la prison se mue peu à peu en annexe de l’hôpital. Le manque de formation adéquate du personnel entraîne une prise en charge souvent inadaptée des personnes détenues qui souffrent de troubles psychiques.

En bref, les murs sont poussés, place aux malades. Faute de moyens, la qualité des soins psychiatriques, lorsqu’ils sont proposés, ne suit pas. Le recours à l’isolement et à la contention est fréquent. Les traitements médicamenteux sont administrés à de fortes doses. L’évaluation de la dangerosité de la personne est au cœur de toutes les modalités d’enfermement. Les durées des peines et des mesures de soins s’allongent : les libérations sont conditionnées au risque zéro, au terme d’évaluations très exigeantes. Le mirage d’une société sans risque marque l’apogée de la vision sécuritaire de la maladie psychique. Souvent au détriment des soins.

État des lieux, analyses, témoignages : Prison Insider vous invite à découvrir L’enfermement à la folie et à entrer, pays par pays, dans le fonctionnement d’un système.

Prison Insider attache un intérêt tout particulier aux témoignages. Aucun chiffre, aucune donnée, aucun rapport ne peut se substituer au récit. Ces regards sont complémentaires. Il nous importe de faire entendre vos voix.

Contactez-nous (c.bouchart@prison-insider.com et etudes.comparees@prisoninsider.com).

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