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20 septembre 2017

Les mots de Sabrina sur les TCA

Sabrina nous fait le plaisir de contribuer à Comme des fous ! Son expérience dans le domaine des Troubles du Comportement Alimentaire parviendra sûrement à aider celles et ceux qui peuvent être concernés. Commentez, partagez !

Chers lecteurs et lectrices du blog Comme des fous,

Joan, après avoir lu certains de mes écrits, m’a sympathiquement proposé de contribuer à l’écriture de son blog. Un blog dédié à changer les regards sur la folie, et que je trouve aussi riche qu’utile. Oui mais voilà, je ne veux pas me disperser… Oui mais voilà, il me semble que j’ai des choses à dire sur la santé mentale et pas seulement les tca 😉

Pour me présenter brièvement j’ai souffert une quinzaine d’années de Troubles du Comportement Alimentaire (anorexie-boulimie). Un parcours chaotique, différentes hospitalisations : à l’âge de 25 ans je passerai un an enfermée à l’hôpital de mon secteur pour « cause de péril imminent ». Voici une interview que j’ai livrée au Parisien à ce sujet : article.

En rémission j’ai fondé l’association de lutte contre les troubles alimentaires SabrinaTCA92 qui était parrainée par le Pr Michel Lejoyeux (psychiatre et addictologue). Le Pr Lejoyeux est également le préfaceur de mon livre témoignage « L’âme en éveil, le corps en sursis » paru en 2014 aux Editions Quintessence. Au cours de ces deux années et demies (allez on va dire trois) je me suis formée en parallèle. J’ai participé à des actions du Psycom et bénéficié de formations. J’ai suivi le D.I.U « santé mentale dans la communauté » (vous trouverez mon mémoire sur le site du CCOMS). Je me suis aussi intéressée aux thérapies brèves (je suis devenue praticienne en hypnose ericksonienne et en pnl).

Ma formation initiale c’est le market et la com. Malgré mes tca j’ai passé mon bac en ayant loupé 6 mois de cours, obtenu différents diplômes et jusqu’au Master Marketing et Publicité toujours sans années de retard, en séchant les cours, en soutenant mon mémoire alors que j’étais hospitalisée. Professionnellement on peut dire que j’ai galéré ensuite, les tca rendant compliqué l’accès aux postes auxquels j’aurais sans doute pu prétendre.

En mai 2017 j’ai publié « Troubles alimentaires : mieux comprendre pour mieux guérir » (Editions La Providence). Je vous invite à lire au moins la magnifique préface du Dr Alain Perroud (spécialiste des tca) et la postface du Dr Alain Meunier qui m’a fait connaître une charmante équipe celle de l’association La Note Bleue avec qui je collabore régulièrement. J’ai tenu à expliquer au début de ce livre en quoi le fait d’aider ne m’a jamais fait oublier l’importance de mon propre suivi. C’est à trente ans passés que j’ai franchi les portes d’un psychologue (auparavant j’étais un peu fâchée avec la médecine suite à mon incarcération de 2006…). J’ai enchaîné avec une seconde thérapie, une thérapie ACT qui m’a fait travailler sur mes valeurs. Nous avons pas mal travaillé sur le trauma de mon hospitalisation et aujourd’hui je continue de le faire car je suis en psychanalyse ce qui me permet de mieux comprendre mon histoire et apaiser encore un peu plus ma colère. Depuis plus d’un an j’accompagne aussi des personnes confrontées aux troubles alimentaires je le fais en collaboration avec des professionnels de santé aussi compétents que bienveillants et je me fais superviser pour cela. J’apprécie beaucoup d’échanger ainsi avec des psys qui reconnaissent à sa juste valeur le savoir expérientiel. Ce savoir expérientiel que l’on peut le transformer en connaissance. Ce savoir qui est aussi et surtout très complémentaire au savoir scientifique des soignants, l’un ne pouvant se substituer à l’autre.

Des psys j’en ai vu plus d’un. Certains m’ont aidée, d’autres m’ont démolie, et puis la plupart reconnaissaient être un peu paumés face à mes troubles (c’est déjà bien de le reconnaître lorsque c’est le cas !) Des étiquettes on a essayé de m’en coller plus d’une aussi : un tel parlait de troubles de l’humeur, de personnalité borderline etc. Au final je n’ai eu à porter que l’étiquette anorexique et croyez-moi c’est suffisant ! Bien sûr il y a ceux pour qui j’ai juste fini chez les fous avec toutes les représentations que cela entraîne mais ceux-là je vais les mettre de côté je m’adresse ici à des personnes s’intéressant un minimum aux troubles dits « psys » et qui connaissent un peu les mécanismes par lesquels on peut vite se retrouver enfermé (et abruti de médicaments par la même occasion). Enfermée dans une chambre de quelques mètres carrés, privée de tout lien social, parfois attachée, gavée, je n’embêtais pas le monde avec des troubles qu’on ne comprenait pas et qu’on ne parvenait pas à soigner. La méthode forte m’a sauvée certes mais à quel prix ? J’ai mis près de 10 ans à me reconstruire…

Je voudrais revenir sur le diagnostic pour les problèmes de santé mentale :

Le Dr Alain Perroud explique dans sa préface qu’il est « si important de s’adresser à la personne vraiment et pas seulement à sa maladie. »

Pour ma part je dirai que ma démarche n’a pas pour but de banaliser le symptôme (je sais toute l’importance de bénéficier d’une prise en charge rapide et efficace). Un diagnostic qui doit être posé dès l’apparition des premiers signes permet de réagir rapidement et offre la possibilité à la personne malade de s’en sortir plus tôt. Sinon la maladie s’installe et finit par se chroniciser.

Malgré cela, « Se définir en fonction de sa maladie, « je suis anorexique » empêche la personne malade de plonger en elle pour constater qu’elle dispose en elle de nombreuses ressources pouvant lui permettre d’aller mieux mais surtout qu’elle est bien plus que sa maladie. En d’autres termes, l’anorexie ne fait pas la personne anorexique. » (Troubles alimentaires : mieux comprendre pour mieux guérir).

Ceci est vrai pour bon nombre de maladies mentales. Parfois les malades se retrouvent « enfermés » dans un état et le diagnostic soulève des questions. Effectivement, nous ne sommes pas malades « ou » guéri(e)s, car, entre les deux, nous sommes vivants et puisque nous sommes en vie autant vivre le mieux possible.

Le rétablissement1 est une manière de penser la santé comme un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité2.

C’est sur cette notion de rétablissement (ainsi que sur l’empowerment) que j’essaie d’insister dans mon dernier ouvrage car, excusez-moi, j’ai toujours préféré parler santé et santé mentale que de maladie 😉

Ce que je peux dire aux personnes malades c’est que le rétablissement c’est un petit pas chaque jour. Cela prend du temps et cela signifie devenir « acteur » de sa guérison. C’est donner un sens à la maladie qui n’en a pas initialement. On ne choisit pas d’être malade. On peut choisir par contre de se rétablir. Ce n’est pas oublier que la maladie est là, qu’elle fait partie de nous et qu’elle nécessite de se soigner, mais c’est choisir de se concentrer sur ce qui est important pour nous, sur ce qui a du sens et investir tous les domaines de sa vie qui nous permettent de nous sentir mieux.

Pour les personnes anorexiques je rappellerai juste que vous n’êtes pas un chiffre sur une balance ! Vous êtes bien plus que cela. A vous de trouver quels sont vos talents et de vous exprimer. Car il y a tellement de façon de s’exprimer que par la souffrance…

Un dernier point : vous n’êtes pas fous/folles.

Sabrina Palumbo

http://corps-et-ame-en-eveil.com

  1. Le recovery (rétablissement) est une démarche personnelle de réappropriation de pouvoir. C’est un courant actuellement dominant en matière de transformation des services et politiques de santé mentale un peu partout dans le monde, en particulier dans les pays anglo-saxons, par exemple en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Angleterre, en Irlande, aux États-Unis et au Canada.
  2. Définition de la Santé selon le préambule de 1946 à la Constitution
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