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21 août 2018

Joan a lu « Architecture pour la psychiatrie de demain »

architecture psychiatrie

Cet ouvrage collectif rassemble un panel d’auteurs d’horizons variés comme le député Denys Robiliard, des directeurs d’hôpitaux, des soignants (psychiatres et infirmiers), des architectes mais aussi des directeurs des investissements et de l’immobilier.

On regrettera l’absence de contributions de la part d’usagers de la psychiatrie bien que les auteurs insistent sur le rôle important qu’ils auront dans la psychiatrie de demain.

Le livre présente 20 projets et établissements, parmi les 635 établissements autorisés pour l’activité de psychiatrie en France, sous la forme de fiches où le texte prend le dessus sur les images et les plans d’architecture.

Au-delà de ces fiches-projets, ce sont les contributions théoriques qui prédominent parmi lesquelles on peut piocher des idées intéressantes.

Mais revenons sur ce titre prometteur: l’architecture de la psychiatrie de demain.

La psychiatrie de demain

La psychiatrie est ici définie comme l’étude médicale des maladies mentales. On se situe dans le champ de la santé, du sanitaire et, finalement, qu’est-ce que le lieu de la psychiatrie sinon un hôpital entre les mains d’un médecin psychiatre et son équipe soignante.

La psychiatrie de demain remet en cause l’hospitalo-centrisme au profit d’une psychiatrie « hors les murs » rendue apparemment possible par l’apparition des neuroleptiques dans les années 1950. Disons qu’avant c’était l’asile de fous et que maintenant les patients sont médicamentés donc plus calmes et réinsérables. Héritière de la psychiatrie de secteur, la psychiatrie de demain sortira de son cloisonnement pour se rapprocher des soins somatiques et de l’hôpital général mais aussi du champ social et médico-social.

A travers plus de coordination et d’ouverture, il s’agit de redonner au patient le goût de la vraie vie en dehors des lieux de soin. On entrevoit cependant le risque d’un soin « médico-technique » qui se résumerait à trouver les bonnes doses de médicaments laissant de côté le soin relationnel.

L’architecture psychiatrique

« Ce qui compte, c’est de construire un lieu de vie agréable, lumineux, favorisant la rencontre, le bien-être… Ce qui vaut pour le bien-portant vaut pour la personne fragilisée! »

Donato Severo

Qu’est-ce qui distingue l’hôpital psychiatrique de l’hôpital général? Sûrement les soins sous contrainte.

Le livre n’interroge pas l’existence de secteurs fermés et des chambres d’isolement où l’on place les patients agités. Cependant, il évoque l’exemple des espaces fermés-fermables comme une alternative intéressante:

Cette zone à géométrie variable de 5 chambres par unité permet en usage fermé de contenir un patient dans une zone de circulation fermée avec espaces communs et extérieurs, mais d’avoir un usage classique de chacune de ces chambres en autorisant la circulation dans tout le service et ceci grâce à une double porte.

L’architecture peut avoir une fonction apaisante mais pas que:

« L’apaisement n’est sans doute pas une condition suffisante… Pour qu’ils recouvrent cette place tant convoitée, encore faut-il qu’ils puissent s’ouvrir à l’autre et au monde extérieur. Or cette ouverture peut aussi être du ressort de l’architecture.

L’espace individuel qui se projette sur l’espace collectif, l’espace collectif qui se projette sur l’espace extérieur, l’espace extérieur qui se projette sur la ville… sont autant de projections successives qui, traitées avec subtilité et poésie, contribuent à une socialisation progressive. »

Victor Castro, architecte.

Il s’agit idéalement de lutter contre la sensation d’enfermement, d’ouvrir les lieux sur la ville, mais les questions de sécurité notamment du personnel soignant semblent peu conciliables avec cet idéal.

« Un espace suffisamment ouvert pour que le patient ne se sente pas enfermé et suffisamment contenant pour qu’il ne se sente pas esseulé. »

Les patients sont décrits comme imprévisibles ou alors en état de confusion. La hantise de la crise suicidaire semble orienter tous les aménagements intérieurs, on ferme les fenêtres pour éviter les défenestrations et on supprime tout matériel pouvant servir le passage à l’acte. On aurait apprécié une approche sensible de ce que vit le patient.

Concernant l’organisation spatiale, on nous suggère des bâtiments en forme d’étoile ou alors en forme de papillon avec un poste de soins central et des unités de chambres en périphérie mais on a du mal à distinguer la puissance évocatrice de ces formes de leur réelle pertinence en terme d’architecture.

Enfin, certaines expressions en anglais dans le texte comme magnet hospitals, design thinking, digital hospital, healing environment bien qu’évocatrices, auraient mérité d’être expliquées plus concrètement au-delà de leur effet « magique ».

On aurait aimé plus d’exemples d’architecture extra-hospitalière mais il faut souligner la qualité des projets choisis et de l’édition.

 

Architecture pour la psychiatrie de demain / sous la direction de Yann Bubien & Cécile Jaglin-Grimonprez. 

Presses de l’EHESP, 2017.

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