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3 octobre 2019

Comment j’ai surmonté mes troubles alimentaires [Sabrina]

sabrina palumbo

Je me suis interrogée sur ce qu’avaient été pour moi les « ingrédients » de mon rétablissement. Je connais mon histoire et je dispose d’un recul suffisant pour être sereine avec celle-ci. J’ai revisité pour Comme des fous mon parcours de rétablissement afin de mettre en évidence différents moteurs.

La reconnaissance au travail

Entre ma sortie d’hospitalisation forcée en 2007, et 2011, il ne s’est pas passé grand-chose. J’étais en mode « survie » traversée par un torrent d’idées noires. J’ai tout de même fait une rencontre décisive tandis que je m’ennuyais à mon poste d’assistante dans une grande entreprise : celle d’un consultant spécialisé dans l’accompagnement des travailleurs en situation de handicap. Je souffrais de troubles alimentaires. Ensemble, nous avons retravaillé mon CV, il m’a aidée à reprendre confiance en moi, à mobiliser mes compétences et j’ai commencé à postuler à des postes susceptibles de m’intéresser davantage. C’est ainsi que je décroche (alors que je suis hospitalisée pour la énième fois) un poste au sein d’un comité d’entreprise. 

Je commençais à aller mieux et ce travail a pleinement participé à mon « retour à la vie », à ma « renaissance », pour reprendre le terme que j’emploie sur ma couverture de livre L’âme en éveil, le corps en sursis. J’étais encadrée par des personnes particulièrement bienveillantes, j’ai noué des amitiés et je me suis finalement épanouie à ce poste.

Surtout, c’était la première fois que l’on me témoignait une forme de reconnaissance au travail et où je n’étais pas « invisible » ou invisibilisée. Il paraît qu’au début, j’avais plutôt tendance à « raser les murs » me dirent plus tard mes anciennes collègues.

Le sport

Je suis une ancienne sportive. Pendant presque 15 ans, je n’ai pas pu faire de sport ou très peu en raison de mon anorexie. Le sujet était douloureux pour moi. Combien j’ai pu haïr ces médecins qui m’empêchaient de monter les escaliers pour m’éviter de perdre quelques calories à l’hôpital !

En retrouvant mon poids de forme, je n’ai pas pu reprendre mon sport fétiche, l’athlétisme. Ma tête refusait l’idée car j’étais très nostalgique de la compétition et je savais qu’il m’était impossible de refaire mes performances d’antan. J’ai essayé un peu de gym douce mais cela ne me correspondait pas. J’ai franchi les portes d’une salle de fitness. Pendant quelques mois j’ai travaillé seule en me faisant mes propres programmes d’entraînement pour retrouver une bonne condition physique et refaire du muscle. Puis je suis allée aux cours collectifs. Plusieurs années après, je pratique toujours le body combat, body pump et attack. Cette reprise du sport a été salutaire pour moi, me permettant de renouer avec mes valeurs et me faire de nouveaux amis également.

Un médecin généraliste, puis des psys

Pendant ces mêmes années, j’ai emménagé chez mon petit ami de l’époque. J’ai alors franchi les portes d’un nouveau médecin qui a fait un travail formidable avec moi ! Je me rappelle avoir attendu parfois plusieurs heures dans la salle d’attente tellement nos rendez-vous étaient devenus des bouffées d’oxygène pour moi… !

Nous avons fait des séances d’hypnose et parlé longuement. Plus tard, il a rejoint le bureau de l’association que j’ai créée à Clamart pour aider les personnes confrontées aux troubles alimentaires.

En parallèle des rendez-vous médicaux, je me suis décidée à entamer un suivi psy. Un « vrai » parce que des psys j’en ai vu des dizaines auparavant…

Mon premier psychologue-psychanalyste m’a vu créer mon association et écrire mon premier livre. Même si certains comportements persistaient, j’allais beaucoup mieux. Avec lui, je lâchais peu à peu l’anorexie. J’ai poursuivi ce suivi par une deuxième thérapie – de type ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement) – avec un autre psychologue où j’ai pu travailler sur le trauma de mon hospitalisation en plus d’un travail sur mes valeurs.

Je dis souvent que la rencontre avec le psy relève de la même alchimie que celle de la rencontre amoureuse : ça prend ou ça ne prend pas. Dans le cas des troubles alimentaires, un suivi psychologique est indispensable. C’est l’un des ingrédients de la recette dont on ne peut faire l’économie : seul.e on ne s’en sort pas et j’insiste là-dessus.

Je suis en analyse depuis plusieurs années maintenant. Je considère que le travail sur soi n’est jamais vraiment fini mais c’est surtout une manière de donner de l’importance à ma santé mentale : il n’y a pas que quand ça va mal qu’on va chez le psy ! C’est aussi une forme de supervision pour mon activité de coach spécialisée.

Lire délivre

J’ai beaucoup lu au cours de ma reconstruction. Des livres de psychologie positive et de développement personnel surtout. Cela m’a permis de faire un premier travail sur moi, loin des cabinets de psys.

A l’époque, j’étais encore très isolée et je souffrais de cette solitude. Les ouvrages de Christophe André m’ont beaucoup aidée. Plus tard, j’ai eu à cœur de le rencontrer, comme de nombreux autres auteurs. Une fois de plus, j’allais vers ce qui a du sens pour moi.

Je me souviens de ma première rencontre chez un écrivain conférencier. Cet écrivain, Patrice Ras, m’a encouragée à écrire et a planté une petite graine de confiance qui a poussé en moi jusqu’à la parution de mon premier livre, merci à lui !😊

La pleine conscience

Comme je l’ai écrit précédemment, j’ai d’abord lu les ouvrages du Dr André. Comme beaucoup de ses lecteurs, c’est ainsi que j’ai découvert la méditation de pleine conscience. J’ai commencé à méditer par moi-même mais sans être très assidue. Puis, j’ai suivi le stage MBCT (Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience) et je me suis mise à pratiquer davantage.

J’ai fait la connaissance du Dr Jean-Christophe Seznec et du Dr Yasmine Lienard. Je me suis impliquée à leurs côtés au sein de l’association « S’asseoir Ensemble » qui a pour but de promouvoir la pleine conscience en France et hors de nos frontières. Je me suis familiarisée avec les thérapies de troisième génération. J’ai beaucoup appris au contact de belles personnes avec qui je prends toujours plaisir à échanger notamment sur les réseaux !

Les réseaux sociaux

Depuis l’apparition d’internet dans ma vie en 1998, je me qualifie de personne « connectée ». Lors de mon hospitalisation, on m’a « évidemment » retiré tout mon matériel informatique. Je n’avais plus de contact avec le monde extérieur sous quelque forme que ce soit. Les réseaux sociaux ont refait leur apparition dans ma vie au même moment que les « moteurs » que j’ai cités précédemment. J’avais à nouveau envie de relations, de lien social. Cela m’a permis de retrouver des amis perdus de longue date et de commencer à réseauter.

Avec la création de mon association, les réseaux ont trouvé toute leur utilité pour moi. Ils m’ont permis dans un premier temps de prendre la parole pour la donner à d’autres dans un deuxième temps. J’ai également été blogueuse sur monpsychologies.com et contributrice au Huffingtonpost.

Mes bénévoles d’association étaient très présents online. Ensemble, nous avons apporté beaucoup de soutien et d’entraide. J’ai pu constater les limites mais aussi toute la puissance quand on sait combien l’isolement amène une grande souffrance pour les personnes concernées, qui peut les amener à se suicider. Aujourd’hui, j’ai une utilisation plus modérée des réseaux et j’en fais un usage « semi-professionnel », je dirais. J’ai viré les toxiques et j’apprécie fortement d’échanger avec les nombreuses personnes qui composent mon réseau. Le rétablissement passe aussi par le fait de s’éloigner des relations qui pompent notre énergie.

L’associatif

J’ai pris beaucoup de plaisir avec mon association et j’aurais souhaité passer le relais dans de bonnes conditions mais cela n’a pas été possible à l’époque. Le fait d’aider d’autres personnes m’a beaucoup aidée personnellement. L’association et, en parallèle, l’écriture de mon livre-témoignage m’a permis de faire mon coming out. J’ai pu pousser mon cri de révolte contre les tabous qui entourent la maladie, les non-dits qui ont fait partie de mon quotidien, la violence de l’hôpital… J’avais besoin de donner un sens à tout cela et l’associatif en avait beaucoup pour moi.

J’ai apporté mon témoignage à de nombreuses reprises et même dans les médias. Aujourd’hui, j’essaie d’aller au-delà du « simple » témoignage. Je suis devenue la première marraine de l’Union des associations Solidarité Anorexie Boulimie et je continue d’apporter mon soutien quand je le peux comme je peux car le travail de terrain des bénévoles est crucial. Je m’implique dans d’autres associations, je suis notamment la vice-présidente d’une association de thérapeutes située à Clamart qui organise des ateliers et conférences autour du mieux-être et de la promotion de la santé.


Si j’essaie de résumer et donner « mes » clefs de rétablissement :

  • Fréquenter des gens « positifs » me tirant vers le haut
  • Me resociabiliser
  • Renouer avec mes valeurs
  • Avec ma famille et mes amis
  • Trouver du sens
  • Avoir des projets

C’est tout cela qui m’a « portée » sur le chemin du rétablissement.

Avec le recul, je dirais qu’il n’y a pas eu « un » déclic, ni même plusieurs déclics successifs, mais une combinaison de facteurs imbriqués les uns avec les autres qui ont tous contribué à ma guérison. Je mentionnerai aussi le fait de faire davantage attention à mon rythme et à ma qualité de sommeil.

Mon dernier burnout (professionnel et parental) est encore récent, je suis donc vigilante sur ce point. Cela va avec la meilleure gestion du stress, qui est importante, car ce dernier peut venir me fragiliser.

Il est difficile pour moi de citer ces moteurs par ordre chronologique. Pour utiliser une métaphore, c’est plutôt comme si je m’étais tout à coup réveillée d’une sorte de long coma et que j’avais fait une boulimie de vie. J’entends par là, le fait de croquer à nouveau la vie, la savourer, l’aimer tout simplement, avec le sentiment aussi de rattraper beaucoup de choses. De rattraper peut-être les années que la maladie m’a volé car, même si ce voyage dans les troubles alimentaires n’a pas été un voyage immobile, ce fut en tous cas un voyage douloureux.

Mon second ouvrage s’intitule « Troubles alimentaires : mieux comprendre pour mieux guérir ». Je pense que de la compréhension des troubles découle souvent la guérison.

Les TCA (troubles des conduites alimentaires) ne sont pas un choix. L’anorexie n’est pas un choix, encore moins un caprice. On ne décide pas d’arrêter de manger et ceux qui le font ne tiennent que quelques jours… L’anorexie relève de mécanismes plus complexes.

Il y a toujours des éléments traumatiques à l’origine du trouble alimentaire et c’est une combinaison de facteurs qui amène son développement. On parle de maladies multifactorielles. Comprendre pourquoi j’avais développé un trouble alimentaire, en comprendre les mécanismes, dédramatiser aussi, et puis porter mon regard sur autre chose que le symptôme, m’a beaucoup aidée à en guérir.

Il y a d’autres clés de rétablissement qui m’ont été données tout au long de mon parcours. Un infirmier m’avait, par exemple, parlé de lâcher prise. A l’époque je ne comprenais pas ce dont il me parlait. Aujourd’hui, je connais bien l’importance du contrôle dans une problématique de troubles alimentaires : contrôle du poids, contrôle de l’environnement, etc. Il est primordial d’apprendre à lâcher le contrôle, petit à petit, par petites touches et à son rythme. C’est une clé de rétablissement que je n’ai peut-être pas su utiliser sur le moment mais, parfois, c’est bien de récolter des clés pour, au bout d’un moment, jeter un œil à son trousseau et s’en servir quand on se sent prêt.

Je n’ai pas l’impression d’avoir dû « réapprendre à manger ». Ma guérison est venue à partir du moment où on m’a lâché la grappe avec les questions de poids et de nourriture. La guérison c’est le jour où j’ai pu « crier » les mots que je retenais depuis longtemps et parler des vraies blessures. L’anorexie est tout sauf un problème de poids et de nourriture !

Les mots ont plus de poids que tous les kilos du monde…

Pour guérir vraiment, il faut sortir de la lutte. Et laisser la vie reprendre le dessus. La souffrance des personnes atteintes de TCA est terrible mais j’ai du mal à y voir une forme de suicide. L’anorexie est une forme de survie par rapport à un environnement vécu comme dangereux ou toxique. La personne anorexique n’a pas vraiment envie de mourir : ce qu’elle veut par contre c’est vivre « autrement » ou « autre chose ».

Guérir n’est pas qu’une affaire de volonté. Les malades ont beaucoup de volonté ! Il y a des blocages, des peurs conscientes ou inconscientes, et qu’il faut lever tout doucement. La guérison prend du temps. Comme beaucoup d’anorexiques, je me suis tournée vers la spiritualité. Cela m’a permis de mieux ressentir cette grande énergie vitale en moi et dont on me parle souvent. De me reconnecter avec mon Être. La méditation m’y a beaucoup aidée. L’anorexie ressemble bien souvent à une quête existentielle…

Les facteurs ou moteurs dont je vous ai parlé, c’est moi qui suis allée les chercher. J’ai rencontré sur ce chemin des mains tendues mais c’est moi qui ai poussé les portes et qui ne me suis jamais découragée malgré les embûches.

J’ai envie de me dire merci. J’étais déterminée à guérir et je me suis attachée à montrer aussi qu’il est possible de se libérer des troubles alimentaires. Cette (auto)détermination a été ma principale alliée. Je remercie aussi tous ceux qui m’ont donné de l’espoir et qui ont cru en moi. Car rappelons-le, sans espoir il n’y a pas de rétablissement possible.

J’ai rencontré beaucoup d’anges tout au long de cette reconstruction… 😉

Sabrina Palumbo-Gassner

Coach certifiée & Auteure, pair aidante en santé mentale,
Marraine de l’union des associations Solidarité Anorexie Boulimie

2 Comments on “Comment j’ai surmonté mes troubles alimentaires [Sabrina]

Elisabeth Damiani
15 octobre 2019 chez 6 h 21 min

merci chère Sabrina pour ton témoignage qui me « parle » bien … Continue ton parcours de rétablissement, ton chemin de vie … Je poursuis le mien dans le même sens …

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Sabrina Palumbo-Gassner
15 octobre 2019 chez 22 h 47 min

Bon cheminement à toi Elisabeth et merci !

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