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24 juin 2016

« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.

Les intégristes, les grands criminels, ceux qui commettent des actes de barbarie sont des fous. Des malades. Nous ne pouvons pas nous empêcher de le penser. Il faut les enfermer. Ce sont des détraqués. Le problème c’est qu’en disant cela, nous oublions tous les autres fous. Nous oublions tous ces fous, tous ces malades, dont la folie ne fait de mal à personne, qui luttent avec une grande souffrance pour rester vivant et continuer à vivre parmi les autres. En disant ça nous leur portons atteinte, nous les dénigrons, nous les stigmatisons.

Nous oublions aussi ceux que la folie a rendu géniaux et incroyablement plus courageux que les autres. Winston Churchill appelait son trouble bipolaire son chien noir. De Gaulle ne l’appelait pas, mais il le subissait quand même. Van Gogh et Virginia Woolf en sont morts, dans leur coin, en laissant au monde une œuvre lumineuse. John Nash a fait de sa folie  un chemin vers le prix Nobel. Socrate grâce à la sienne à formulé son « connaîs-toi toi-même ».

Un fou qui déploie sa folie en connaissance de cause, qui sait l’apprivoiser pour la mettre au service d’une œuvre, est un être qui sauve le monde, qui donne au monde. Mais celui qui est vide, étranger à lui même, déconnecté des forces qui l’animent est un destructeur, un tueur qui broie tout sur son passage. La folie peut être sublime, maléfique ou silencieuse, elle a mille visages, les visages de l’humain.

Ces événements nous montrent toute l’urgence d’arrêter d’avoir peur de la folie, de la dénigrer. Pour parvenir à faire reculer la folie meurtrière au profit de la folie créatrice. Car si c’est la folie qui détruit le monde, c’est aussi elle qui peut le sauver. Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être.

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