« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

Un grand merci à Léa pour cette contribution au débat sur le lien entre folie, maladie mentale et terrorisme.

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.
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Fou à lier

Mais qu’est-ce qui a bien pu mettre ce Roland dans tous ses états? L’amour…

fou a lier

« Roland Furieux » de Jean Bernard Duseigneur, 1867

L’histoire de cette sculpture: le sculpteur s’est inspiré du Roland furieux (1516-1532) de l’Arioste, qui conte les aventures des paladins de Charlemagne. Roland, le plus valeureux d’entre eux, apprend qu’Angélique, la belle princesse du Cathay dont il est éperdument amoureux, en aime un autre. Fou de douleur, il jette son armure, déchire ses vêtements et se laisse aller à la fureur, déracinant les arbres à mains nues. Des amis chevaliers parviennent à le lier pour mettre fin à ses ravages et tenter de le ramener à la raison.

Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie.

Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.

A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?

J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.

Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture analytique qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?

« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)

Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.

Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.

Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle ou pas. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.

La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.

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Mix et Remix

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« Raison et folie » par Serge Carfantan

« Le vrai danger pour la raison, ce n’est pas l’existence de la folie chez quelques uns des hommes que la société identifie comme les « insensés » et qu’elle enferme.

Le vrai danger n’est pas dans la figure d’un autre, hors de soi, le fou.

Le péril de la raison est bien plus proche, il est d’être enfermé dans une pensée qui s’est entièrement substitué au réel. Et cette possibilité, loin d’être étrangère à l’homme sain d’esprit, lui est bien au contraire très intime.

La menace qui pèse contre la raison tient déjà dans la possibilité universellement partagée du rêve et de sa possible confusion avec la veille. Que ce soit l’artiste, le savant, le philosophe, ou l’homme commun, tous en éprouvent chaque nuit, l’expérience. »

Serge Carfantan, Ce que Raison veut dire.

Extrait de Raison et Folie
dont panic

Dans la tête d’un psy

Et là, il m’a répondu quelque chose que tout psy a dû entendre au moins une fois dans sa vie :

« Je ne vois pas pourquoi je dois voir un psy! Je ne suis pas fou! … Si? Je suis fou? »

Comment te dire, Pierre. C’est assez embêtant de se retrouver à devoir répondre à cette question. Si je te dis non, je considère que la folie existe, et que tu es dans la norme. Si je te dis oui, je considère que la folie existe, et on casse le lien. Or, en psychiatrie, le mot «folie», presque personne ne l’utilise. Pour une raison, sûrement.

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Balade pour un fou, tango traduit en français

Musique d’Astor Piazzolla, paroles d’Horacio Ferrer, interprété par Roberto Goyeneche.

Las tardecitas de Buenos Aires tienen ese qué sé yo, ¿viste? Salís de tu casa, por Arenales. Lo de siempre: en la calle y en vos. . . Cuando, de repente, de atrás de un árbol, me aparezco yo. Mezcla rara de penúltimo linyera y de primer polizón en el viaje a Venus: medio melón en la cabeza, las rayas de la camisa pintadas en la piel, dos medias suelas clavadas en los pies, y una banderita de taxi libre levantada en cada mano. ¡Te reís!… Pero sólo vos me ves: porque los maniquíes me guiñan; los semáforos me dan tres luces celestes, y las naranjas del frutero de la esquina me tiran azahares. ¡Vení!, que así, medio bailando y medio volando, me saco el melón para saludarte, te regalo una banderita, y te digo…

(Cantado)

Ya sé que estoy piantao, piantao, piantao…
No ves que va la luna rodando por Callao;
que un corso de astronautas y niños, con un vals,
me baila alrededor… ¡Bailá! ¡Vení! ¡Volá!

Ya sé que estoy piantao, piantao, piantao…
Yo miro a Buenos Aires del nido de un gorrión;
y a vos te vi tan triste… ¡Vení! ¡Volá! ¡Sentí!…
el loco berretín que tengo para vos:

¡Loco! ¡Loco! ¡Loco!
Cuando anochezca en tu porteña soledad,
por la ribera de tu sábana vendré
con un poema y un trombón
a desvelarte el corazón.

¡Loco! ¡Loco! ¡Loco!
Como un acróbata demente saltaré,
sobre el abismo de tu escote hasta sentir
que enloquecí tu corazón de libertad…
¡Ya vas a ver!

(Recitado)

Salgamos a volar, querida mía;
subite a mi ilusión super-sport,
y vamos a correr por las cornisas
¡con una golondrina en el motor!

De Vieytes nos aplauden: « ¡Viva! ¡Viva! »,
los locos que inventaron el Amor;
y un ángel y un soldado y una niña
nos dan un valsecito bailador.

Nos sale a saludar la gente linda…
Y loco, pero tuyo, ¡qué sé yo!:
provoco campanarios con la risa,
y al fin, te miro, y canto a media voz:

(Cantado)

Quereme así, piantao, piantao, piantao…
Trepate a esta ternura de locos que hay en mí,
ponete esta peluca de alondras, ¡y volá!
¡Volá conmigo ya! ¡Vení, volá, vení!

Quereme así, piantao, piantao, piantao…
Abrite los amores que vamos a intentar
la mágica locura total de revivir…
¡Vení, volá, vení! ¡Trai-lai-la-larará!

(Gritado)

¡Viva! ¡Viva! ¡Viva!
Loca ella y loco yo…
¡Locos! ¡Locos! ¡Locos!
¡Loca ella y loco yo

Les soirées à Buenos Aires ont un je ne sais quoi, tu vois ?
Tu sors de chez toi, dans Arenales, comme toujours, dans la rue et en toi…
Quand soudain, de derrière un arbre, j’apparais…
Un étrange cocktail d’avant dernier trimardeur et de premier clandestin en route pour vénus :
Le melon sur la tête, les rayures de la chemise peintes sur la peau
Et dans chaque main un drapeau de taxi indiquant que je suis libre
Tu te moques ! Mais seul toi me vois, parce que les pantins me clignent de l’oeil,
Les feux rouges me donnent trois lumières célestes
Et les oranges du marchand de fruits me jettent des fleurs
Viens… !
Ainsi, moitié dansant moitié volant, j’ôte mon melon pour te saluer,
Je t’offre un petit drapeau et je te dis :Je sais, je suis fêlé, fêlé, fêlé…
Tu ne vois pas que la lune rôde autour de Callao,
Qu’un chœur d’astronautes et d’enfants
Dansent la valse autour de moi ? Danse, viens ! Vole !
Je sais, je suis fêlé, fêlé, fêlé…
Je regarde Buenos Aires depuis le nid d’un moineau,
Et je t’ai vu, si triste… Viens, vole ! Ressens cette folle tendresse que j’ai pour toi !
Dingue, dingue, dingue… !
Quand le soir se couchera dans ta solitude portègne*
Sur le rivage de tes draps je viendrai
Avec un poème et un trombone
Te réveiller le cœur.
Dingue, dingue, dingue… !
Comme un acrobate dément je sauterai
Dans les abîmes de ton décolleté, jusqu’à sentir
Que j’ai rendu ton cœur fou de liberté.
Tu verras !(Récité)
Allons nous envoler, ma chère ;
Grimpe à mon illusion supersport
Et allons courir sur les corniches
Avec une hirondelle dans le moteur,
A Vieytes ils nous applaudissent : bravo, bravo !
Ces dingues ont inventé l’amour,
Et un ange, un soldat et une fillette
Nous offrent une petite valse…
Les gens  » bien  » sortent pour nous saluer,
Et un fou qui t’appartient, je le sais bien !
Qui fabrique des cascades de rire
Et pour finir te regarde et chante à mi-voix

Aime moi ainsi fêlé, fêlé, fêlé…
Abrite les amours, nous allons essayer
La magie totalement folle de revivre
Viens, vole ! Viens ! Tralalalarara… !
Bravo, bravo, bravo !
Elle est dingue et je suis dingue !
Dingues, dingues, dingues !
Elle est dingue et je suis dingue !

*Portègne : habitants de Buenos Aires
Traduction de Cécile Guivarch