Réponse à l’article « Jésus, Abraham et Moïse étaient-ils psychotiques? »

droit-rponsePartons de la conclusion qui résume assez bien la teneur de l’article :

« Il s’agit donc moins de décrédibiliser les monothéismes que de réhabiliter les patients souffrant de maladies psychiatriques. Et s’il y avait un futur Jésus parmi eux? »

Derrière ce titre percutant, Clément Guillet nous propose avec l’appui d’une blouse blanche, le dr. Didi Roy, une synthèse d’un article scientifique audacieux « The Role of Psychotic Disorders in Religious History Considered » publié en 2012 dans  « The Journal of Neuropsychatry and Clinical Neurosciences ».

Alors que Clément se demande si on aurait eu ces religions si les neuroleptiques et les antiépileptiques avaient existé il y a deux mille ans, le dr. Didi Roy est lui convaincu que Jésus était bipolaire et qu’il lui aurait suffi de quelques séances d’électrochocs pour changer son destin.

Déconcerté par les raccourcis et les phrases chocs, je me mets à lire l’article original de la revue américaine. Lire la suite

« En aidant si peu ces réfugiés, à évacuer leurs traumatismes, est-ce qu’on n’est pas en train de fabriquer des psychotiques, de préparer des nouvelles générations de terroristes ? »

C’est la question que posait ce midi Daphné Bürki à son invité, le Dr. Alain Serrie, à propos des enfants dans les camps de réfugiés au Moyen-Orient.
Pour resituer cette question dans son contexte, le docteur venait d’affirmer qu’il faut accompagner ces enfants le plus tôt possible pour faire en sorte qu’ils ne développent pas des psychoses qui nécessitent après une vraie prise en charge psychiatrique.

Quand Daphné Bürki parle à son tour de « psychotiques », faut-il entendre par là la mue de l’état traumatique en une maladie d’ordre psychique? Elle veut sûrement dire que, faute d’un soutien psychologique, l’enfant traumatisé peut devenir lui-même un bourreau.
Mais peut-on vraiment faire l’amalgame entre psychotique et terroriste? 

Les terroristes sont-ils des « fous » ?

A cette question, le psychiatre Boris Cyrulnik, répondait récemment que les terroristes « ne sont pas des fous du tout (…), mais des gens en difficultés psychosociales, éducatives, qui ont été façonnés intentionnellement par une minorité pour prendre le pouvoir (…) ».

En réalité, un terroriste pourrait tout à fait être atteint d’une maladie relevant d’une prise en charge en psychiatrie (on peut en effet être à la fois dépressif et terroriste par exemple). Mais ce que Boris Cyrulnik sous-entend, c’est que les terroristes ne sont pas nécessairement des personnes atteintes de troubles mentaux, et surtout que l’on ne tue pas parce que l’on est « fou » (fort heureusement, puisqu’aujourd’hui 18% de la population souffre d’un trouble mental).

Les comportements des terroristes sont donc davantage contrôlés par des variables socio-éducatives et ne dépendent pas de leur santé mentale. Vouloir psychiatriser ce type de comportements est donc une erreur qui ne fait que stigmatiser un peu plus la « folie ». Et surtout, cela encourage à déresponsabiliser les auteurs des attentats.

Lu sur: http://blog.francetvinfo.fr/dans-vos-tetes/2015/01/17/le-terrorisme-un-trouble-mental.html

« Je ne suis pas schizophrène… »

J’aimerais porter une réflexion sur cette expression: « Je ne suis pas schizophrène ».

Pourquoi ? Parce qu’elle est rentrée dans le langage courant pour désigner la schizophrénie comme un état pathologique de dédoublement de la personnalité.

Par cette négation « je ne suis pas… », on affirme son intégrité, je ne suis pas de ceux qui soufflent le chaud et le froid, qui défendent une chose et son contraire selon le contexte.

En clair, le schizophrène serait celui qui perd le contrôle de soi, submergé par une double-personnalité.

C’est quelque chose qui ne choque plus, le ministre de la diplomatie française a beau maîtriser les ficelles du langage pour ne froisser personne, il déclare son honnêteté à la télé par un cinglant « Je ne suis pas schizophrène… ».

Cette affirmation par la négativité ne va pas dans le sens d’une déstigmatisation des troubles psychiques, si chacun se rassure en disant en public : « encore heureux que je ne suis pas schizophrène » !

La stigmatisation commence pas les mots utilisés et je vous invite à être juste dans leur emploi, que vous soyez diplomate ou simple citoyen.

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Quand le football s’en mêle. Une réflexion sur la stigmatisation dans les médias.

Partons des faits: l’entraîneur de l’Olympique de Marseille, l’argentin Marcelo Bielsa dit « El Loco », annonce sa démission suite à la défaite de son équipe lors du tout premier match de championnat. Surpris par cette décision, de nombreuses voix du football français se lâchent dans les médias dont J.Rothen, joueur fraîchement retraité: «C’est une énorme trahison. Il est complètement fou. C’est un club qui mérite beaucoup plus de respect que ça, et surtout qui ne mérite pas d’avoir un entraîneur de la sorte.»
Mais moi ce qui me chagrine c’est cet article sur Eurosport intitulé: « Marcelo Bielsa, un « autiste social » ? Plutôt un passionné intransigeant qui se moque des apparences » qui s’interroge sur le caractère pathologique de la personnalité réservée de Bielsa.  Lire la suite

Passer de l’asile à la Cité, de l’aliéné au citoyen : un défi collectif

Aude Caria, directrice du Psycom, Sophie Arfeuillère, Céline Loubières et Camille Joseph chargées de mission du Psycom Paris (75).

L’usage des stéréotypes et la stigmatisation représentent un phénomène universel et nécessaire aux êtres humains, au niveau cognitif et social. Son éradication ne peut pas constituer un objectif en soi, encore moins dans le domaine de la psychiatrie, car la folie est intrinsèque à l’être humain et les stigmates du fou joueront toujours un rôle social important. Lire la suite