La folie Méricourt

Théroigne de Méricourt fut une figure populaire de la révolution française.

Comme toutes les figures féminines de la Révolution, elle connut un destin tragique. Elle échappera à la guillotine mais au printemps 1794, son frère la fait interner et la révolutionnaire passera les 23 dernières années de sa vie à l’asile.

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De nouveaux lieux pour la folie

Décloisonner les lieux de la folie, ce n’est pas détruire les lieux de soins ou démultiplier les espaces démédicalisés mais bien trouver de nouvelles formes de convivialité autour de la folie.

Aujourd’hui, si tu t’avises de perdre la raison, on va te faire soigner, et c’est pour ton bien puisque tu es un être souffrant et on peut t’aider à ne plus souffrir, surtout quand tu représentes un danger pour les autres et pour toi-même. La folie vue du dehors, c’est ça, un danger et un risque. Il s’agit de nous protéger, et pour cela paradoxalement on enferme les gens. Il y a l’hôpital et au sein de cet hôpital, la chambre d’isolement, et dans la chambre d’isolement une personne qui ne peut que maudire le monde qui l’a faite enfermer.

Viennent ensuite les belles histoires de ceux qui se relèvent, retrouvent goût à la vie et font le tour du monde pour raconter leur parcours de rétablissement et incarner un message engagé et plein d’espoir.
Ces survivants de la psychiatrie ont une parole très appréciée car authentique, sans détours. Mais on en fait vite le tour. S’accomplir dans le rôle du patient rétabli qui s’exprime dans le monde clos des soignants et des élus, parfois même des entreprises, est une espèce de mascarade sociale. Ne peut-on pas devenir des acteurs publics pour œuvrer à un décloisonnement du champ de la santé mentale au lieu de se cantonner toujours aux mêmes cases ? Lire la suite

« Rien sur nous sans nous », mais qui sommes-nous?

il_214x170-474039664_jh31Qui sont-ils pour parler à notre place ? Mais qui sommes-nous pour demander la parole ?

Qui sont ces « ils », qui sont ces « nous » ? Les « ils » parlent des gens à la troisième personne, ce sont des experts, des personnes ayant des responsabilités. Le « nous » désigne, par opposition, les 99%, dans l’imaginaire collectif, c’est le peuple .

Il y a une nuance entre « eux les gens » ou « nous les gens », c’est qu’en parlant d’un groupe à la troisième personne, on s’extrait du groupe en question, on se met à distance souvent en surplomb pour que prime la raison. « Ils ont besoin de ci ou de ça », telle est la position de l’expert.

Parler de « nous » plutôt que de soi ou de sa singularité c’est se reconnaître comme appartenant à un groupe. Je pense donc je suis mais je fais aussi partie. A l’heure de la participation citoyenne, de la concertation, de la co-construction, on voudrait que chacun puisse participer à la vie de la cité.

Dès lors, si on admet que chacun aspire à être avec d’autres et à vivre en société, à rendre celle-ci meilleure, on peut se demander si pour que le vivre ensemble soit effectif, on ne devrait pas s’interroger sur ce « nous ». Lire la suite

« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

Un grand merci à Léa pour cette contribution au débat sur le lien entre folie, maladie mentale et terrorisme.

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.
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Megacombi, l’émission qui ne vous laissera pas tranquille

(ré)écouter l’émission du radiozine Megacombi consacrée à la folie.
http://audioblog.arteradio.com/post/3062077/22_10__folie/ 

Remix de notre émission spéciale folie du 21 mars 2011 (à l’époque où la mégacombi avait lieu le lundi de 22h à minuit) dans laquelle toute l’équipe a été interné en HDT !
Avec :
– 4’48 psychose (Créa by Gribish sur Sarah Kane)
– Ivan et l’hornitoptère (docu-portrait schizophrénique by Méga)
– Le fou fan (interview by Combi)
– La chronique de Lacass: Qui sont les fous ?
Avec aussi un clin d’oeil à la colifata, à Antonin Artaud, des films « tetro », « rois et reines » et « très bien merci ».
Playlist
Bérurier noir – pavillon 36
Edith PIaf – Les blouses blanches
Sexy Sushi – on devient fou ici
Fatals picards – Schizophrène tu vas dans le mur

« La folie comme fait social », Livia Velpry

Parce que les troubles psychiques viennent directement perturber les interactions sociales, la relation de soin se construit et se négocie dans une dynamique spécifique, où le statut du patient et de sa parole est instable.

Comment cette dynamique évolue-t-elle dans un contexte où l’on promeut l’adhésion de la personne et de sa participation au soin, que ce soit au point de vue légal et éthique ou dans les pratiques de gouvernance et d’évaluation ? Lire la suite

La folie policée : on a tous un flic en nous

Nous consentons aux règles de la vie en société aussi naturellement que nous acceptons le rôle de la police, qui est de garantir l’ordre public. Remettre en cause la police c’est s’attaquer à l’autorité, au pouvoir de l’Etat et à l’ordre social.

La folie, elle, vient déborder cette norme et perturber nos vies bien rangées. Ainsi, avoir un grain de folie, c’est sortir du cadre et des comportements policés.

Le cadre de la psychiatrie, lui, contient la folie, il s’agit de tranquilliser le patient psychotique, souvent en grande souffrance, par un traitement chimique. Ce traitement de choc, c’est un peu comme les gaz lacrymogènes des forces de l’ordre, sauf qu’en psychiatrie le patient est « consentant ». Le patient sait qu’il ne peut arrêter le traitement sous peine de rechute. La peine est là, c’est comme la prison. Lire la suite

Démocratiser la folie : pour une pédagogie de la folie.

Ce blog, né de mon expérience au sein de l’Atelier Sensibilisation de l’association Clubhouse France, se veut un support collectif pour sensibiliser le plus grand nombre à la question des troubles psychiques, et de ce qu’elle nous évoque naturellement, à savoir : la folie.

A l’heure où nombre de psys défendent les intérêts d’un accueil et d’un soin à visage humain, comment expliquer le désintérêt de leurs patients à leur noble cause?

J’entends qu’une personne en grande difficulté a pour seul intérêt de réussir sa survie. J’entends qu’il vaut mieux vivre les choses plutôt que de perdre sa vie à la comprendre.

Mais peut-on se satisfaire de l’idée que l’esprit éclaté du fou ne peut saisir cette culture analytique qui sous-tend le traitement thérapeutique de sa folie?

« Le fou témoigne de fonctions et de problèmes qui témoignent de l’humanisation possible d’un chacun – bref, de l’Homme en devenir, quel qu’il soit. Ce qui ne justifie pas de lever un monument à son sujet là où nous devrions nous poster les jours de travail, plutôt que les jours de fête. » François Tosquelles (1977, La Chasse aux mots)

Ce blog interroge le rôle social du patient-usager-citoyen, en voie de rétablissement ou rétabli, pair-aidant, psychiatrisé ou survivant de la psychiatrie, analysé, soigné, aidé, accompagné, soutenu mais jamais guéri.

Ce blog répond à un besoin de comprendre, d’apprivoiser l’expérience de la folie, dans la psychose comme dans le langage, mais pas simplement pour devenir expert de son vécu ou érudit.

Face à la complexité de ce qui se passe dans nos têtes, on ne peut pas s’abandonner uniquement à la psychiatrie, aux neurosciences, ou à la psychothérapie institutionnelle ou pas. L’éducation thérapeutique du patient (ETP) permet sans doute de se refaire une santé et de se renforcer mais comment s’en contenter.

La pédagogie de la folie, la folie pour tous, serait la possibilité d’éduquer et s’éduquer quand on n’a pas les ressources, les armes intellectuelles ou la pratique du thérapeute.

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Mix et Remix

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« Raison et folie » par Serge Carfantan

« Le vrai danger pour la raison, ce n’est pas l’existence de la folie chez quelques uns des hommes que la société identifie comme les « insensés » et qu’elle enferme.

Le vrai danger n’est pas dans la figure d’un autre, hors de soi, le fou.

Le péril de la raison est bien plus proche, il est d’être enfermé dans une pensée qui s’est entièrement substitué au réel. Et cette possibilité, loin d’être étrangère à l’homme sain d’esprit, lui est bien au contraire très intime.

La menace qui pèse contre la raison tient déjà dans la possibilité universellement partagée du rêve et de sa possible confusion avec la veille. Que ce soit l’artiste, le savant, le philosophe, ou l’homme commun, tous en éprouvent chaque nuit, l’expérience. »

Serge Carfantan, Ce que Raison veut dire.

Extrait de Raison et Folie
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