« Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous »

Un grand merci à Léa pour cette contribution au débat sur le lien entre folie, maladie mentale et terrorisme.

« Il faut être un peu fou pour avoir la conviction que nous allons venir à bout de la violence à laquelle il faut à présent faire face. Mais nous avons raison de l’être. »

Mon fils m’a dit : pourquoi ils ont fait ça ? Je lui ai répondu sans réfléchir : parce qu’ils sont fous.

Je n’ai pas trouvé d’autres mots, je l’ai dit spontanément. Je me suis aperçue qu’on utilise le mot folie pour désigner ce qui est en dehors de l’humain. C’est du ressort de la psychiatrie dit-on. Comme pour dire que ce n’est pas du ressort de notre monde. Que pour eux, il faut créer un espace en dehors du monde. Parce qu’ils sont fous, parce que ce sont des malades. Et pas n’importe quels malades, des malades mentaux.
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Fais un effort !

Merci à AliénorD pour cet article!

« Ma seule façon de me défendre fût longtemps d’embrasser les jugements que l’on me portait. Hé bien oui ! ma foi, je suis une fainéante, je profite joyeusement du système, de mes parents, de tout le monde, et j’en ri avec mes amis fainéants autour de l’alcool que l’on s’est acheté avec notre butin. (…)

Cela n’a pas duré, et ce pour trois raisons. D’abord, parce que je n’étais pas inactive. Il est difficile de se prétendre absolument fainéante lorsqu’on lit une petite dizaine de livres par mois, que l’on suit l’actualité, que l’on critique des films, que l’on participe à des manifestations, que l’on fait du bénévolat, etc. Je trahissais mon personnage. Problème.

Ensuite, parce que le discours autour de moi me revenait sans cesse à la figure, et j’avais du mal à l’ignorer. De ma famille au contrôleur de l’ONEM, on surveillait mes mouvements, on évaluait l’effort, on me faisait remarquer régulièrement que je percevais un argent indu (j’étaisbénéficiaire d’une allocation), bref, que j’étais un parasite.

Et enfin, parce qu’au fond, j’avais envie de faire quelque chose. Je ne pouvais donc pas être une fainéante. »

Source : Fais un effort !

L’expérience de la folie mise au service de la vie [témoignage]

Merci à Léa pour cette remarquable contribution!

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Jeune orpheline au cimetière, Eugène Delacroix

« Je me souviens assez précisément du moment où j’ai enfin pu avoir une lecture plus sereine et plus juste des délires que j’avais vécu dans la maladie bipolaire.

C’était comme d’entendre les premières notes d’une mélodie que j’aimais beaucoup, comme de ressentir les premières vibrations d’une harmonie vitale. C’était vital pour moi d’extraire du diagnostic psychiatrique le trésor que j’avais dérobé à la folie. C’était important de pouvoir ramener cette expérience dans le champ de l’humain pour la mettre au service de la vie. Cela voulait dire guérir et reconquérir mon intégrité.

La manie m’a donné l’impression d’explorer des dimensions insoupçonnables de l’existence. Même si j’ai été diagnostiquée malade mentale et qu’il existe toutes sortes d’explications scientifiques pour expliquer les mécanismes du délire que j’ai traversé, cette expérience reste pour moi énigmatique et fondatrice. Elle a changé en profondeur ma vision des êtres et du monde.

Je reste persuadée qu’il faut apprendre à lire avec plus de justesse et d’intelligence ces phénomènes. Le prisme du diagnostic psychiatrique est pauvre à cet endroit-là. Ce qui ne signifie pas qu’il n’a pas de validité. Mais il ne peut pas être l’unique regard et l’unique réponse à une expérience aussi bouleversante, au risque de laisser celui qui l’a vécu dans un désarroi qui nuirait à son rétablissement.

Un jour, un ami m’a dit « moi je croyais que j’avais vécu et ressenti des choses extraordinaires et mystiques quand j’ai déliré. Et en parlant avec d’autres je me suis rendu compte que c’était comme un schéma qui s’était produit chez tous ceux à qui il est arrivé la même chose qu’à moi ».

C’était mignon, il était tout dépité, comme un enfant à qui on apprend que ce qu’il croit être une pièce d’or est en fait une pièce de monnaie de jeu de société. Je le comprenais, j’avais ressenti ça moi aussi.

Ce qui est extraordinaire au fond, ce n’est pas d’expérimenter des états de conscience modifiés qui donnent l’impression d’être Dieu. Ce qui est extraordinaire, héroïque même, c’est de revenir entier d’une telle expérience et de parvenir à la mettre au service de la vie et de la réalité. C’est la seule façon de prouver qu’au delà de sa forme délirante, cette expérience a une validité. Lire la suite