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30 novembre 2019

Parole d’usager [Joan]

parole d'usager

Intervention du vendredi 29 novembre 2019 de Joan, président de l’association Comme des fous, à l’occasion de la journée d’échanges autour de la feuille de route pour la psychiatrie et la santé mentale organisée par le délégué ministériel Frank Bellivier et l’Agence régionale de Santé Ile-de-France.

Pourquoi Comme des fous ?

Pour qu’on ne nous traite pas comme des schizophrènes, comme des bipolaires, comme des dépressifs, comme des diagnostics mais comme des êtres humains.

Dans Comme on peut aussi entendre communication, permettre l’expression des personnes en soin, des personnes concernées pour changer les représentations sociales, la peur du fou et la peur de se faire interner.

La souffrance psychique fait peur mais ce n’est pas une fatalité quand elle trouve en l’autre une présence thérapeutique. La thérapie sous ses formes variées ne devrait pas se limiter à réparer les circuits de pensée défaillants comme on répare un ordinateur mais devrait permettre à chaque personne de trouver une place dans la société et dans la communauté des humains.


Partir des besoins

La souffrance psychique, pour moi, c’est quelque part une solitude invivable, elle est aggravée par l’absence de lien social. Pour se libérer de la maladie, il faut combler le besoin d’expression, le besoin d’être écouté et être renforcé dans sa confiance en l’autre.

Pour moi, ce qui soigne c’est la rencontre, la douceur, la sensibilité, la chaleur humaine, l’espoir, retrouver le plaisir d’exister, l’envie d’être avec les autres, sentir qu’on appartient à un groupe.

Nous avons besoin de lieux accueillants et sécurisants, d’une porte à laquelle on peut sonner, de points d’écoute, en somme d’un espace social. Ça peut passer par les Groupes d’entraide mutuelle, les clubs emploi, les clubs thérapeutiques et même des dispositifs radios.

Je pense qu’en France, on a la chance d’avoir une culture du soin, qui autant que je le sache remonte à François Tosquelles et Lucien Bonnafé, avec cette idée d’une dimension soignante du collectif, le collectif qui crée du lien, qui apaise et permet de désamorcer une crise.

Je pense que la prévention ne peut se résumer au dépistage précoce, à la surveillance et au repérage de signaux faibles. Tout comme l’aspect normatif, les méthodes de normalisation, de rééducation, de réadaptation semblent plus de l’ordre du contrôle social que du soin personnalisé et du libre-choix.

Sans nier la dimension physiologique des troubles mentaux, on peut s’interroger sur l’hyper-médicalisation comme réponse unique à la souffrance psychique.

Quelle réponse aux besoins ? Le constat d’inhospitalité

L’autre jour, j’ai entendu la député Martine Wonner parler d’une résolution européenne visant à supprimer les soins sans consentement. Moi, je tiens à souligner le caractère traumatisant de la chambre d’isolement et de l’enfermement.

On parle souvent de diminuer la contrainte et la contention de manière abstraite, du coup j’avais une proposition : à l’image des territoires d’expérimentation « 0 chômeurs », pourquoi on ne tenterait pas des « territoires 0 contention », « 0 portes fermées à clé ».

Quand on parle de progrès en psychiatrie, je crois moins à la nécessité absolue de fermer des lits qu’à celle d’ouvrir les portes des unités fermées.

Je pense à un slogan qui résume bien la situation : Si c’est contraint ce n’est pas du soin.

Il faut encourager la recherche du consentement.

On a l’impression que l’approche comptable de l’hôpital-entreprise où tout se résume à des protocoles et à une bonne santé financière se fait au détriment de la santé des patients. Or, le patient n’est pas une marchandise et les soignants ne sont pas des automates du soin. On en arrive à un espace sécuritaire où s’expriment la violence et la maltraitance institutionnelle.

La citoyenneté

Soigner les institutions, c’est un peu soigner la démocratie. Je crois qu’on a besoin des institutions démocratiques, tout comme on a besoin d’un service public de qualité. Ce n’est pas parce que les CMP sont surchargés ou que l’hôpital public est maltraitant, qu’il faut les démanteler au profit des cliniques privées. Je peux dire que ma santé est à moi mais je pense aussi que c’est un bien commun.

Je crois que notre objectif devrait être celui d’une psychiatrie hors les murs, d’une psychiatrie démocratique voire une psychiatrie citoyenne faite et défaite par tous comme le disait Roger Gentis.

Je voulais conclure sur la question de la participation citoyenne des usagers, vous l’aurez compris cela suppose d’une part de retisser le lien social mais aussi d’avoir bénéficié d’un étayage qui permette aux timides comme moi de s’exprimer. 🙂

One Comment on “Parole d’usager [Joan]

Richard
12 décembre 2019 chez 17 h 04 min

merci pour ce blog
Marie Jeanne (UNAFAM)

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